La nomination d'Adolf Ogi au poste de conseiller spécial du secrétaire général des Nations unies pour le sport au service du développement et de la paix va surtout, à première vue, enrichir la palette des grandes sinécures internationales. De celles qui nourrissent, à force de voyages, de conférences et de colloques, les hôtels de luxe et les compagnies aériennes, et dont la contribution effective à la marche de la planète consiste essentiellement à produire d'impressionnantes quantités de papier imprimé. On conviendra toutefois qu'il est des prébendes distribuées avec plus de légèreté et des missions plus futiles que celle confiée à Adolf Ogi. Et il en est peu qui seront remplies avec autant de cœur.

Il appartiendra à l'histoire de mesurer un jour la contribution du citoyen de Kandersteg à la paix et au développement sur la scène internationale. On voit immédiatement, en revanche, à quel point le geste d'amitié fait par Kofi Annan à l'endroit de l'ancien ministre de la Défense et des Sports va se révéler utile sur la scène politique nationale, dans la perspective des prochaines échéances de politique étrangère. Pour la prochaine campagne sur l'adhésion de la Suisse à l'ONU, la promotion d'Adolf Ogi promet un puissant effet d'entraînement. On l'imagine mal s'abstenir de battre les estrades et, pour cette cause-là, on ne peut imaginer meilleur bateleur. Qui pourrait mieux qu'Adolf Ogi, avec son optimisme candide, vendre, ès qualités, les Nations unies dans les campagnes de la Suisse primitive? «Häsch dini ONU hütt scho ghaaa?»

Cette désignation constitue également une première. Kurt Furgler et Flavio Cotti avaient en leur temps nourri de semblables espérances. C'est Adolf Ogi qui signe le premier recyclage réussi d'un ancien conseiller fédéral sur la scène internationale. On voit déjà poindre quelques arbitrages délicats, s'agissant de territoires et d'influences, entre les sept membres du collège et leur ancien collègue.

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