Les talibans ont soulevé cette semaine une tempête de protestations sur la scène internationale, en prenant la décision de détruire les statues pré-islamiques d'Afghanistan, à commencer par les deux bouddhas géants de Bamiyan. Ce faisant, ils ne causent pas seulement d'irréparables dommages au patrimoine de leur pays, et à celui du monde. Ils repoussent une nouvelle fois les limites de leur délire idéologique. Même si leur geste répond sans doute aussi, chez ces Pachtouns, à une volonté purement politique de broyer le moral de leurs irréductibles ennemis, les Hazaras, dont ces chefs-d'œuvre constituent la fierté.

Cette décision, annoncée lundi par le mollah Omar, le chef suprême des talibans, est loin cependant de faire l'unanimité à Kaboul. Certains des plus hauts dirigeants du mouvement politico-religieux ont déclaré, tantôt sous couvert de l'anonymat, tantôt ouvertement, que de fervents musulmans avaient déjà régné sur le pays sans jamais en venir à une telle extrémité et que ces événements allaient porter «un grand tort à l'histoire afghane». De fait, tous ceux qui, parmi les moins radicaux, œuvraient à une timide ouverture du régime essuient là une grave et inquiétante défaite.

La communauté internationale ferait bien de saisir l'occasion pour remettre en cause sa propre stratégie. A-t-il été efficace de frapper d'un total ostracisme le pouvoir taliban, qu'elle ne reconnaît toujours pas officiellement alors qu'il occupe Kaboul depuis quatre ans et tient 90% du territoire national? A-t-il été efficace de le frapper de sanctions internationales, encore renforcées en décembre dernier? La réponse est claire. C'est non. Mais l'histoire n'a pour l'instant qu'une morale: l'intérêt des Afghans ne compte guère. Le sort des statues de Bamiyan a suscité plus de réactions indignées que celui des centaines de femmes et d'enfants morts récemment de froid à Hérat.

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