Une fois encore, l'industrie nucléaire est la cible de contestations massives. Des milliers de manifestants entendent bloquer le renvoi en Allemagne de déchets radioactifs retraités en France. Même la forte implication des Verts allemands dans la négociation par le gouvernement d'une sortie du nucléaire n'y a rien fait. Les attentes sont si fortes qu'elles ne peuvent être que déçues.

Cette mobilisation spectaculaire en annonce d'autres en Europe. Le traumatisme de Tchernobyl ne sera pas surmonté de sitôt, et la méfiance populaire face à l'énergie nucléaire ne faiblit pas. Davantage que les centrales, les déchets des centrales focalisent aujourd'hui l'hostilité. Personne n'accepte de voir ces déchets enfouis dans son entourage immédiat. Que la radioactivité ait été neutralisée par un processus de vitrification parfaitement maîtrisé n'y change rien. La crainte diffuse d'une contamination est inoxydable et résiste à tous les messages rassurants.

Le tort de l'industrie nucléaire est de ne pas vouloir l'admettre. Ainsi, en Allemagne comme en Suisse, l'industrie atomique continue de défendre des concepts de stockage définitif des déchets dans le sous-sol. Faire un trou, enfouir ces saletés, fermer le couvercle et tirer le loquet : tout serait si simple… Ces scénarios heurtent la raison humaine. Il faut en développer d'autres pour gagner la confiance. Sans doute s'achemine-t-on vers un stockage des déchets sur le site des centrales, sous surveillance permanente – une solution déjà admise à titre transitoire et qui pourrait durer.

En effet, les producteurs d'électricité nucléaire sont aujourd'hui piégés par la lourdeur excessive de leur filière. L'obligation de transporter les déchets sur de longues distances d'abord pour les sécuriser, puis pour les restituer à leur propriétaire les affaiblit. Les convois de déchets sont le talon d'Achille de cette industrie. Leur perturbation par des manifestations est aisée. Prévenir un blocage du convoi requiert des moyens policiers massifs, ce qui alourdit le climat. En l'absence de consensus social autour du nucléaire, cette contrainte devient tout simplement une tare rédhibitoire.

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