Déprime passagère, abcès dangereux, récession durable? Les augures convoqués au chevet de l'économie prise de fièvre changent d'analyse de jour en jour, selon que le moral des patrons allemands s'affaisse ou que la productivité américaine regagne des points. Le sentiment de suspension paralyse les esprits: il est trop tôt pour croire au pire mais il est trop tard pour espérer un redressement rapide.

L'opacité n'est pas moins grande à nos portes, où l'on peut apprendre le même jour que l'emploi en Suisse tient bon et que Genève souffre d'une pénurie de logements historique, signe d'une conjoncture au zénith, alors qu'une société de logiciels licencie 50 personnes, et qu'à Yverdon, l'une des entreprises qui faisaient palpiter le Nouveau Marché suisse l'an dernier est aux abois.

L'explication de ces mouvements désordonnés est souvent d'ordre chronologique. L'économie est faite de temps longs et de temps courts, la construction d'immeubles n'obéissant, d'évidence, pas aux mêmes délais que la production de réseaux informatiques. En période charnière, il est logique d'enregistrer à la fois les conséquences d'une euphorie ancienne et les signaux avancés de léthargie.

La mondialisation introduit toutefois une suprématie nouvelle dans ce mécanisme, celle du court terme sur le long terme. Deux raisons à cela: l'influence prépondérante des marchés financiers dans le pilotage des entreprises et la propagation immédiate des nouvelles, bonnes et mauvaises. Les plans de licenciements collectifs annoncés aux Etats-Unis ont ainsi secoué le monde entier, créant partout une vague d'inquiétude, à son tour génératrice d'indices moroses. C'est ainsi que l'interdépendance des économies pourrait, aujourd'hui, provoquer une crise d'un nouveau type. Une forme de récession hors sol, où l'éclatement de la bulle spéculative sur les nouvelles technologies américaines finirait par frapper tous les organes vitaux de l'activité mondiale.

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