Ariel Sharon hérite d'un pouvoir qu'il n'aurait jamais dû obtenir. Fascinant parcours de ce général, héros de toutes les guerres d'Israël mais bardé de déshonneur dans la banlieue de Beyrouth. S'il a remporté cette élection avec autant de facilité, c'est que son adversaire a perdu l'essentiel de sa crédibilité, y compris dans son propre camp. Seul un accord de paix aurait pu, peut-être, sauver Ehud Barak. Mais Yasser Arafat, prisonnier de son propre camp, n'a pas eu le courage du dernier pas. Les Palestiniens risquent de le regretter amèrement car jamais Sharon ne leur fera autant de concessions, aussi justifiées soient-elles.

Sharon a été élu sur un slogan, «La sécurité d'abord», écho apeuré de «La paix maintenant» qui ne résonne plus dans les rues de Tel-Aviv. Mais la victoire du général musclé traduit paradoxalement la faiblesse et les angoisses de la société israélienne. Car les Israéliens ont peur. De la menace intérieure des Arabes israéliens, de la révolte palestinienne à leurs portes, de leurs propres divisions prêtes à éclater quand l'«ennemi extérieur» ne soudera plus une mosaïque fragile. Ils se sentent menacés dans leur existence, mais pourtant leur Etat ne l'est plus. Le monde arabe, au-delà des gesticulations, ne lèvera pas le petit doigt pour aider les «frères» palestiniens.

La victoire de Sharon laisse augurer des mois de violence accrue. Le nouveau pouvoir va user de la force pour mater des Palestiniens encore plus légitimés dans leur combat. Mais ce rapport de force brutal, qui succédera à l'agonie sanglante du processus de paix, peut déboucher sur un accord politique. Israël sait depuis son retrait du Liban qu'il n'y a pas de solution militaire à une occupation. Comme Begin hier, Sharon est peut-être le seul capable d'imposer un accord aux Israéliens comme aux Palestiniens. Mais ce fauteur de guerre saura-t-il se muer en faiseur de paix? En Terre trois fois sainte, l'impossible reste une promesse.

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