Avec la reddition des dernières phalanges de volontaires arabes à Tora Bora, la guerre en Afghanistan est peut-être sur le point de s'achever. Pas la guerre contre le terrorisme. D'abord parce que Ben Laden lui-même n'est pas encore capturé. Ensuite parce que même si les bases arrière de son réseau et son organisation ont été décapitées, Al-Qaida et l'hydre terroriste ne sont pas mortes. Enfin parce que le terreau d'injustices et de frustrations sur lequel la terreur a pu prospérer demeure. Les problèmes et les interrogations sont encore légion, mais force est de constater que cette première phase de la guerre se conclut sur un bilan positif. Le régime taliban est tombé et un nouvel espoir peut naître en Afghanistan, même si les seigneurs de guerre qui vont se partager le pouvoir ne sont pas des démocrates dans l'âme. Loin s'en faut. Les craintes d'un enlisement et d'une guerre longue étaient infondées et l'embrasement du monde musulman n'a pas eu lieu. Ce qui montre aussi l'isolement de la mouvance islamiste radicale.

Mais au-delà de la victoire, le droit doit être respecté. Et là certaines inquiétudes sont légitimes. En Afghanistan d'abord, les massacres de miliciens arabes et les mauvais traitements infligés aux prisonniers talibans sont choquants. Et l'indifférence du monde, le silence de certaines grandes organisations humanitaires le sont aussi. Ces miliciens islamistes sont au ban de la communauté internationale et leurs actes sont indéfendables, certes. Mais cela n'excuse aucunement les violations du droit humanitaire.

Le bât blesse aussi aux Etats-Unis qui refusent une juridiction internationale et veulent juger à huis clos les membres des réseaux terroristes devant des tribunaux militaires. Une justice d'exception qui ne garantit pas un traitement équitable. Le débat, et c'est tout à l'honneur de la démocratie américaine, s'amplifie. Quoi que l'on pense des accusés et de leur barbarie, les démocraties sont assez fortes pour rejeter toute forme de justice expéditive et discriminatoire.

Cette guerre est menée au nom de certaines valeurs. Il serait dommage et dommageable que ces mêmes valeurs ne soient pas respectées quand il s'agit de rendre la justice. C'est aussi sur cette capacité à ne pas céder à la vengeance que les opinions publiques jugeront de l'honnêteté des vainqueurs.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.