L'orbite est bouclée. Le portrait de Youri Gagarine qui était suspendu depuis quinze ans dans la cuisine de Mir s'est évaporé vendredi, quelque part au-dessus du Pacifique. Un jet de vapeur, comme un trait tiré sur une époque révolue: l'aventure spatiale soviétique – Mir a été lancée cinq semaines avant le début de la perestroïka.

Jusqu'à l'épilogue de vendredi, peu d'observateurs craignaient le pire. Mais le ton des commentaires, souvent, frisait la condescendance. Les Russes allaient-ils réussir à se débarrasser dans les règles de l'art de leur bringuebalante et anémique station? Malgré la complexité de l'opération, la réponse a cloué le bec aux moqueurs. Les débris se sont abîmés en mer dans un rayon de 370 km, à 3000 km des côtes australiennes. Autant dire en plein dans le mille.

Dès lors, succès pour succès, le «bang» supersonique de Mir a été l'écho du «bip» du premier Spoutnik. Qu'on y pense: pour la première fois, un engin fabriqué par l'homme échappait à l'attraction terrestre et devenait un corps céleste artificiel. Le satellite de 83 kilos incarnait le génie de la physique russe, puis soviétique. Les théories cosmonautiques de Tsiolkovsky, les propulseurs de Korolev trouvaient un aboutissement qui estomaquait le monde en général, et les Américains en particulier. Puis, très vite, un autre exploit, toujours soviétique, encore une fois prodigieux: un homme dans l'espace. C'était en avril 1961.

Quarante ans plus tard, Washington a enjoint Moscou de renoncer à Mir, trop ancienne, trop coûteuse. S'il faut mettre de l'argent, et éventuellement du génie aujourd'hui, se sont entendu dire les Russes, c'est bien dans Alpha, la station internationale. Celle-ci incarne en effet un effort pluriel. Fini l'effort solitaire autant que national: seize pays sont concernés. Tous ont, il est vrai, un maître de cérémonie qui a un accent américain, des moyens, et des compétences hors normes. Un maître qui rêve, par ailleurs, de bouclier spatial, hargneuse ineptie au relent de guerre froide, tout en expulsant des espions par poignées.

Rien n'y fera. Là-haut, une histoire est dite. La révérence a été d'une grande élégance. C'est ce qui s'appelle partir en beauté.

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