«Faut-il avoir peur de l'extrême droite?» Tel est le titre de la série d'articles dont Le Temps a commencé la publication vendredi et qui se poursuit aujourd'hui. De prime abord, la question pourrait apparaître de pure rhétorique. Il va de soi que la scène néonazie représente un réel danger; ceux qui affirment le contraire font preuve d'un coupable relâchement de leur sens critique. Notre interrogation porte donc sur autre chose: y a-t-il de bonnes raisons d'avoir davantage peur de l'extrême droite aujourd'hui qu'il y a deux, cinq ou dix ans?

De notre enquête, il ressort une image contrastée. Au niveau politique, l'extrême droite n'est pas en mesure de construire une entité capable de mêler sa voix – ou plutôt ses cris – au débat démocratique (Le Temps du 17 août). En descendant sur le terrain (voir notre reportage en page 9), on constate que le danger, certes réel, semble circonscrit à quelques demi-douzaines de jeunes déboussolés. Sur la question des chiffres, précisément – nous y reviendrons dans un article lundi –, les estimations les plus diverses circulent, dont la pertinence reste difficile à établir. Enfin, l'engouement médiatique déclenché par l'affaire des têtes rasées réunies le 1er Août sur la prairie du Grütli pour huer Kaspar Villiger ne doit pas nous induire en erreur. Outre le soupçon qui pèse sur les médias alémaniques d'avoir grossi l'événement, il ne faut pas être devin pour affirmer que l'attention des journalistes va fatalement finir par retomber. Or l'acuité de la menace néonazie ne peut et ne doit pas être mesurée au nombre d'articles qui paraissent dans les journaux.

Notre système démocratique, parce qu'il repose sur la tolérance, doit être capable de résister aux opinions et aux attitudes les plus extrêmes. Pas seulement quand elles refont subitement surface – c'est le cas en ce moment avec ces néonazis qui nous défient en commémorant la mort de Rudolf Hess –, mais 365 jours par année. Les nombreux débats consacrés à l'extrême droite ces dernières semaines auront au moins eu le mérite de nous le rappeler. A chacun de nous, mis devant ses responsabilités de citoyen, de ne pas l'oublier quand l'attention des médias se sera déplacée sur un autre sujet d'actualité.

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