Il faudra se faire à cette idée: l'avenir du monde dépend de la propension du consommateur américain à s'équiper ou non d'un lecteur DVD pour les fêtes de fin d'année. Les chiffres de la croissance américaine et ceux d'autres pays, dont la Suisse, mettent en avant le rôle crucial que les ménages auront à jouer ces prochains mois. Alors que les marchés financiers ne savent plus à quel gourou se fier depuis le printemps 2000 et que les entreprises n'ont jamais aussi vite restructuré, à peine leurs bénéfices ont-ils fléchi, tout le monde se tourne maintenant vers le dernier maillon de la chaîne économique pour lui demander de mettre la main à la poche.

Le consommateur a déjà effectué sa part du travail. Si le PIB américain ne décroît pas, cela tient essentiellement aux dépenses qu'ont effectuées les ménages, notamment dans le domaine de l'automobile. Mais rien n'indique que le moral des particuliers restera au beau fixe si les entreprises continuent de licencier. Les remboursements d'impôts et la baisse du loyer de l'argent ne suffiront pas à rassurer celui qui prend conscience que, du jour au lendemain, il peut perdre son emploi. La réalité du marché du travail américain, où l'on trouve plus vite un nouveau job qu'en Europe, n'éloigne pas pour autant le risque de repli sur soi. L'exemple du Japon, où le réflexe de l'épargne a plongé le pays dans une léthargie économique dont il ne parvient plus à s'extraire, doit servir de mise en garde.

C'est là qu'intervient la psychologie. Les politiciens des deux côtés de l'Atlantique, comme les grands patrons, clament haut et fort que le meilleur est pour demain afin que le rythme des dépenses ne décroisse pas. Surtout, ces derniers proposent un nouveau pacte social: «Laissez-nous restructurer aux premiers signes de fléchissement de l'activité et nous réembaucherons dès la reprise», proposent-ils en substance. Au vu des vagues de suppressions d'emplois annoncées ces derniers mois, et des espoirs constamment affichés d'un retour rapide à la croissance, il sera bientôt temps de vérifier si les promesses sont suivies d'effets. Il en va de la confiance des ménages.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.