Il est plus facile, ces jours, d'être euro-escargot, voire robustement europhobe, que partisan de l'ouverture immédiate de négociations avec l'UE. Qui, en effet, a vraiment envie de rejoindre des pays où les députés bâtissent leur carrière politique en venant chercher des poux dans la tête des banques et des juges suisses? Ou d'entamer des négociations avec une Commission européenne qui semble prête à remettre dans la balance les acquis des précédentes discussions bilatérales, en principe closes? Si on y ajoute la température résolument frisquette des derniers sondages avant le vote du 4 mars, il y a de quoi plonger le camp europhile dans la déprime, voire dans la paranoïa: pourquoi donc l'Europe elle-même, toutes instances confondues, semble-t-elle s'acharner à se faire détester de nos concitoyens?

La réponse est bien sûr que ces péripéties ont surgi en fonction d'agendas fixés sans même accorder une pensée au calendrier politique suisse. Lequel n'intéresse, logiquement, que les Suisses. C'est un prix, parmi d'autres, de l'isolement. Mais les interventions qui, de toutes parts, pressent la Confédération de diminuer encore la portée de son secret bancaire montrent aussi que cet isolement n'est qu'une chimère. Il y a belle lurette que la Suisse «indépendante et neutre» ne fait plus ce qu'elle veut: c'est sous la pression, déjà, qu'elle a renforcé son appareil de contrôle et de répression du blanchiment et c'est sous la pression qu'elle devra, demain, adapter encore sa législation à la volonté européenne de mieux lutter contre les fraudes fiscales et douanières.

La place financière fait, à l'évidence, le calcul que cette nouvelle négociation sera menée avec plus de profit à l'extérieur de l'UE. L'avenir dira si elle calcule juste, mais il semble désormais certain que ses vœux seront amplement exaucés. Et tandis que les Européens apprennent, de controverses en crises, à vivre et à penser ensemble, nous nous serons enfoncés encore un peu plus dans le repli, la méfiance et le blues des incompris.

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