Etats-Unis

«L'effet femme» n'aura pas suffi à Hillary Clinton

La défaite de la candidate démocrate traduit également celle du féminisme, désavoué au même titre que les élites, par une majorité du peuple américain. Les réseaux sociaux s'émeuvent

Stupeur et consternation. La victoire de Donald Trump, plébiscité par 42% des électrices, brise l’espoir de voir une femme accéder pour la première fois à la présidence des Etats-Unis. Sur les réseaux sociaux, le choix d’un candidat ouvertement misogyne et friand de propos graveleux est vécu comme un camouflet. Il révèle aussi la déroute du féminisme blanc dans une Amérique qui demeure profondément sexiste. «L’effet femme» sur lequel Hillary Clinton comptait n’a définitivement pas eu lieu. Ou plutôt, il n’a pas suffi.

Sur Twitter, les déclarations oscillent entre colère et désillusion face à ce que les déçus qualifient de «cauchemar national». Leur refus s’exprime à travers le hashtag #NotMyPresident (pas mon président) et parmi toutes les minorités qui déplorent l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche, les femmes sont bien représentées. «Aujourd’hui, je me sens vaincue. Je n’ai jamais été aussi triste d’être une femme», lâche l’animatrice Sarah Spain. Beaucoup ne se reconnaissent pas dans un candidat qui a fait preuve d’intolérance à de nombreuses reprises durant la campagne. «Je ne respecterai jamais un président qui ne respecte pas ma race, les droits des femmes, la communauté LGBT, les noirs, les latinos et tant d’autres», souligne @makeupmamiii.

Au-delà du rejet des élites, Hillary Clinton paye le prix de son sexe, estiment certains internautes qui continuent à la soutenir à travers le hashtag #stillwithher (toujours avec elle). «L’Amérique a eu peur de laisser gouverner une femme et a préféré choisir la haine à la place. Triste que ce ne soit même plus surprenant #ElectionNight», juge @DuncanLindsay. Interrogée par la RTS, l’ancienne présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, insiste sur la difficulté d’exister en politique lorsqu’on est une femme. Durant la campagne, «Hillary Clinton a eu un parcours très dur. Comme femme, elle ne peut pas montrer sa force, elle ne peut pas taper du poing sur la table, sinon elle est qualifiée d’hystérique.»

Michelle en 2020?

Contrairement à Trump, à qui l’électorat américain a visiblement pardonné ses multiples excès de langage et autres dérapages vulgaires, la démocrate a été sanctionnée pour sa politique rationnelle et «trop cérébrale». Si Clinton n’était pas «la» bonne candidate, Michelle Obama, avec sa popularité et son charisme, n’aurait certainement pas connu le même sort. Des internautes l’imaginent déjà en lice pour les élections de 2020: «Ce matin je garde espoir pour la suite, avec une fin heureuse #michelleforpresident», tweete @CRoseveare.

En attendant, @AliceSnedden en rajoute une couche: «La femme la plus qualifiée au monde pour le poste de président s’oppose au pire homme qui soit et voici ce qui se passe…» Un «jour noir pour les femmes», note l’écrivaine Silvia Ricci Lempen sur son blog hébergé par Le Temps. «Il faudrait plutôt dire: un jour noir pour les féministes, tant il est vrai qu’une bonne partie des femmes, aux Etats-Unis comme ailleurs, ont intériorisé le système patriarcal au point de voter pour un individu qui les méprise.»

Lire aussi: #NotOkay, le mouvement qui s’attaque aux propos scabreux de Donald Trump

A tel point que le triomphe de Trump est associée à un danger pour l’égalité des sexes et le statut des femmes. Les Etats-Unis, «pays de la liberté? La plus grosse blague au monde, dénonce @RoseEllenDix. Vous avez élu un homme raciste qui juge les agressions envers les femmes acceptables». Aux yeux de @lauranotclaire, «passer d’Obama à Trump est comme faire un bond en arrière de cent ans en ce qui concerne le racisme, les droits des femmes et des LBGT».

Il y a quelques semaines, Kelly Oxford avait déclenché le mouvement de protestation #NotOkay après la révélation d’une vidéo choc où l’on voit Donald Trump rire du pouvoir que donne l’argent sur les femmes. Elle ne cache pas sa déception: «Que vais-je dire à ma fille de huit ans lorsqu’elle découvrira que l’homme qui attrape des entrejambes a gagné?»

Et celles qui ont donné leur voix au républicain sont pointées du doigt. «Je suis tellement énervée contre toutes ces femmes qui ont voté pour Trump. Cela donne aux hommes la permission de nous manquer de respect à différents niveaux», déplore @itscathoso. La victoire de Trump? Un «white-lash», autrement dit un «retour de bâton blanc», analysent certains qui y voient le triomphe de l’Amérique à la peau claire. «La majorité des femmes blanches qui ont voté pour Trump montre que la suprématie blanche est plus forte que le féminisme», estime encore @Adesuwa_G. «Les Blancs, hommes et femmes, ont offert la présidence à Trump. Même le féminisme blanc n’a pas pu aider Clinton», déclare encore l’activiste Simamkele Dlakavu.

La défaite d’Hillary Clinton réjouit au contraire la chanteuse Azealia Banks qui l’associe à la faillite des «féministes blanches». «Vous avez fait ça aux femmes noires au moment du combat pour le droit de vote, c’est le karma», lâche-t-elle dans un post Facebook supprimé dans la foulée. De quoi faire dire à Lady Gaga que la native d’Harlem «est l’une des pires choses qui soit jamais arrivée à l’industrie de la musique.» Malgré ses dérapages, Donald Trump inspire confiance à certaines. «En tant que femme de la classe moyenne et citoyenne américaine, j’ai la certitude d’être sous la protection d’un Trump président», assure @ClassySnobbb.

L’Amérique «donneuse de leçons»

Vu de l’extérieur, la défaite de Clinton illustre l’hypocrisie qui règne aux Etats-Unis. «Les USA prêchent et donnent des leçons de féminisme au monde entier, mais ne sont toujours pas capables d’élire une femme comme leader. L’Inde, le Bangladesh, le Sri Lanka et même le Pakistan sont au-dessus!», pointe @umais_siraj. Heureusement, Twitter, ne perd pas son sens de l’humour. A l’instar de la blogueuse Caroline Flanc: «Bon, remettons-en nous aux dieux de la prostate et de l’AVC…»

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