Il était une fois

L’effet papillon

OPINION. Le ralentissement chinois dû à l’épidémie du nouveau coronavirus perturbe désormais une majorité de secteurs de l’économie, de l’industrie automobile au tourisme en passant par les médicaments, constate notre chroniqueuse Joëlle Kuntz. De quoi accélérer une troisième révolution industrielle?

Le battement d’ailes d’une chauve-souris en Chine peut-il provoquer une tornade sur l’économie mondiale? Les turbulences provoquées par le coronavirus ravageur tombé d’une chauve-souris sur un marché chinois rappellent la métaphore météorologique d’Edward Lorenz: cherchant à expliquer les conditions d’apparition des événements climatiques, le scientifique américain avançait l’idée que «le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas». Il affirmait que de petites perturbations suffisaient à modifier le mode et l’ordre d’apparition des tempêtes. Paradoxalement, disait-il en 1972, on peut étudier l’évolution du climat mais on ne peut pas prévoir le temps qu’il fera dans un mois car le hasard y prend sa part. L’effet papillon s’applique à l’économie mondiale: on connaît son fonctionnement, on devine ses changements mais des perturbations, même minimes, empêchent de prévoir ce qu’elle sera dans les années à venir.

La Chine représente 17% du PIB mondial. Elle est le maillon central de la chaîne d’approvisionnement dont dépendent la plupart des économies industrielles. La province de Hubei, et particulièrement la ville de Wuhan – d’où sont partis les premiers coups de feu de la révolte contre le dernier empereur, en 1911 – est au cœur de la fabrique automobile mondiale. PSA s’y est installé en 1992, rejoint par Renault, Honda, Kia, General Motors ainsi que des centaines de fournisseurs et équipementiers comme Faurecia, Valeo et les autres, plus petits. L’arrêt d’une dizaine de sites de production organisés dans une chaîne mondiale à flux tendus a des répercussions dont la gravité dépend de la durée. Passé le millier de morts chinois par infection, l’optimisme des communicants du secteur automobile ne paraît plus aussi ferme qu’au début du mois.