Revue de presse

L’effet Red Hot Chili Peppers à Paléo

La 42e édition du festival nyonnais, «c’est chaud et c’est piment». La venue du mythique groupe californien suscite un enthousiasme rare, alors qu’au printemps, on entend d’habitude plutôt le chœur des lamentations. Sur l’affiche, puis sur la billetterie

Comme l’écrivait une internaute sur Facebook, c’était l’heure, ce mercredi, «pour les grincheux, de sortir de leur hibernation, en oubliant au passage qu’on a quand même pas mal de chance d’avoir un choix de concerts pareil dans une si petite région». Ces bougons patentés et leur «flot de plaintes printanières» sur les réseaux sociaux une fois annoncé le programme de Paléo. «Au hasard: c’est ringard, c’est que des vieux fossiles, c’est trop cher, c’est la foire d’empoigne, c’est la foire à la saucisse.»

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Eh bien, non, cette fois, c’est (un peu) raté. Et ce, même si un lecteur – parmi d’autres – de 20 minutes pense que les têtes d’affiche vont «faire beaucoup d’heureux» mais que pour lui, «c’est nul, nul, nul, comme ces dernières années, 2 ou 3 artistes intéressants, le reste n’est que garniture». Mais tout de même! Car c’est bien de cela qu’il s’agit: «La 42e édition a (enfin) mis la main sur le groupe majeur de la Californie rock. Une ouverture grand luxe» avec les Red Hot Chili Peppers, comme le disent 24 Heures et la Tribune de Genève: «Paléo a dégainé rien de moins que le groupe le plus explosif que Los Angeles ait connu depuis son dernier tremblement de terre, […] le gang [qui] arrive à la première place des fantasmes, aux côtés de U2.» Une affiche «monumentale comme il se doit», aux yeux du Progrès de Lyon.

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Et de poursuivre, non sans humour: «La Suisse romande, il est vrai, n’a plus accueilli les «piments rouges» depuis février 1988, dans une Dolce Vita remplie de 200 spectateurs – 20 000 à en croire tous ceux qui ont ensuite assuré avoir été présents dans la salle lausannoise pour humer le funk metal des Californiens, ainsi que le musc de leurs roubignoles délicatement enrobées d’une chaussette de tennis, la marque de fabrique des quatre vauriens de Hollywood à cette époque. Ils reviennent au Paléo en stars absolues.» Et le grand manitou, Daniel Rossellat, a partagé ce strip:

«L’annonce de la venue du quatuor californien sur la plaine de l’Asse a suscité un nombre hallucinant de réactions sur les réseaux sociaux», a remarqué 20 minutes. Mais «de là à dire que l’on sait déjà quelle journée affichera complet en premier, il y a un pas que ne franchit pas Jacques Monnier, programmateur historique du festival: «Lorsqu’on accueille un groupe d’un tel calibre, on s’attend à ce que cela cannibalise l’attention du public. On sait aussi qu’après avoir vu en premier l’arbre, les gens découvrent ensuite la forêt qu’il cache. Et au Paléo, la forêt, elle est dense.» Aussi riche en tout cas que cette idée née en Colombie-Britannique: après avoir appris la mort du pionnier du rock’n’roll Chuck Berry, les Red Hot ont bouleversé un concert donné il y a quelques jours à Vancouver en interprétant son plus grand tube, «Johnny B. Goode»:

En attendant peut-être semblable événement en terres nyonnaises, les métaphores alimentaires fleurissent dans les médias: «Paléo, c’est chaud et c’est piment», titre La Liberté de Fribourg ou «Des épices et plein de sucreries», juge L’Est républicain. Quant au Matin, il parle de «parfum de luxe» dans sa version imprimée: «Cette année, on peut dire qu’il y a eu ce petit truc en plus. Cet effet waouh qui, on l’avoue, nous fait vérifier deux fois si l’on avait bien vu. Pas que les éditions précédentes furent «bof», mais celle-ci est définitivement «wow.»

L’éditorial de 24 Heures le confirme: «L’annonce des Red Hot Chili Peppers à Nyon a augmenté la journée d’hier d’un surplus de printemps. Un plaisir en partage sur la Toile, une excitation tranquille. Une bonne nouvelle, simplement. Retrouver en terres romandes les quatre Californiens dépasse la seule promesse d’un concert riche en puissance funk et en mélodies insidieuses. […] Depuis 1983, les Red Hot malaxent en vauriens doués un rock gorgé d’âme, puisant au cœur des rythmes anciens, l’habillant d’électricité et d’énergie vitale […]. Depuis Los Angeles, ils incarnent une Amérique ouverte, sensuelle, charmeuse, fragile malgré ses muscles, culottée – surtout quand ils jouent à poil»:

«Chic, un groupe de jeunes! Mais ils s’habillent, maintenant…», lit-on d’ailleurs, soulagés, sur Facebook. Mais «il faudra tout de même réussir à avoir des billets, se méfie un autre internaute. «Le rêve devient réalité», se pâme un troisième. Même le président du Parti socialiste vaudois, Stéphane Montangero, y va d’un simple «Oooooooh YEAH!!» Ce à quoi il lui est répondu, en deux temps: «Alors autant en politique, nous sommes en désaccord, autant côté musique, je suis du même avis»; «Comme quoi la musique adoucit les mœurs.»

Twitter n’est pas en reste, où les commentaires vont également bon train, des yeux écarquillés à l’enthousiasme débridé, en passant par la saine curiosité:

Ah, et dans une semaine, on allait l’oublier: mercredi 5 avril à midi pétantes, ruée sur la billetterie! Et là, retour à Coire-Kornplatz après cet intermède surprise dans le concert des lamentations printanières: tout sera complet, avec les jérémiades qui s’ensuivront naturellement.

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