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Réunion politique de Donald Trump à Billings. Etats-Unis, 6 septembre 2018.
© AP / Susan Walsh

Nouvelles frontières

L’effondrement moral des conservateurs américains

OPINION. La tribune anonyme d’un haut fonctionnaire américain décrivant le président Trump comme un danger pour les institutions américaines méritait d’être publiée dans le «New York Times». Mais pas forcément pour les raisons habituellement avancées, écrit notre chroniqueur Frédéric Koller

Comme responsable des pages Débats du Temps, je me pose forcément la question: qu’aurais-je fait à la place de mon collègue du New York Times? James Dao doit se justifier depuis deux jours pour avoir publié une tribune anonyme signée d’un «haut responsable de l’administration» américaine expliquant que son président agit au détriment de «la santé de la République». L’auteur – connu de la rédaction – explique qu’il y aurait en fait deux pouvoirs, celui de la présidence et celui d’une administration entrée en «résistance» face à un Donald Trump qualifié de «mesquin», «impétueux», «inefficace», «erratique» et «amoral».

Ma première réaction aurait sans doute été négative: comment publier l’opinion de quelqu’un qui n’a pas le courage de l’assumer? Si cette personne possède des informations d’intérêt public justifiant l’anonymat – pratique communément acceptée en journalisme au nom de la protection des sources – je l’aurais renvoyée vers un collègue de la rédaction pour effectuer le travail d’enquête et de mise en contexte de ces révélations. James Dao sait évidemment tout cela. Il a pourtant fait – avec sa hiérarchie – le choix de publier. Injustifiable, comme l’affirment Donald Trump et une bonne partie de la presse américaine de droite ou de gauche?

Menace sur les institutions

La réponse tient là encore au contexte. Et à la réflexion, j’aurais peut-être agi comme James Dao. Non pas que les codes anciens ne soient plus valables. Mais il faut bien reconnaître que la présidence Trump est extraordinaire. Tout comme ce que dit ce «haut responsable de l’administration» et la façon de le faire savoir. Son témoignage sur un président décrit comme incompétent par ses propres conseillers s’ajoute à de nombreux autres. La différence est qu’il est livré par un homme en fonction qui en appelle à stopper de l’intérieur – une procédure de destitution aurait même été envisagée – un président qui menace de détruire les institutions américaines. Rien de moins.

Comment publier l’opinion de quelqu’un qui n’a pas le courage de l’assumer?

Car soyons précis, ce n’est pas la politique de Donald Trump qui est au premier chef remise en question, son protectionnisme, son nationalisme ou son racisme, encore moins sa politique pro-business. Ce programme d’une «Amérique d’abord» a été plébiscité par les urnes. Le danger, c’est la façon d’y parvenir, Donald Trump étant prêt à sacrifier les institutions démocratiques pour cela. Ses attaques contre la justice et la presse ou ses menaces contre le Congrès et les alliés démocratiques des Etats-Unis en sont autant de preuves.

Témoignage d’une lâcheté ordinaire

Cette tribune témoigne pourtant davantage de la lâcheté ordinaire de l’entourage du président que d’un quelconque courage d’un agent de l’Etat transformé en lanceur d’alerte. S’il était conséquent, ce haut fonctionnaire devait démissionner et témoigner publiquement. C’était la seule façon de résister et de changer cette présidence. Ce texte – et c’est là la vraie bonne raison de le publier – est en définitive très représentatif de ce qui se passe aujourd’hui dans le camp conservateur américain. Beaucoup conviennent que la personnalité de Donald Trump est incompatible avec la fonction de président (James Mattis, ministre de la Défense, décrit son comportement comme celui d’un enfant de 10 à 11 ans, selon le livre-témoignage de Bob Woodward). Mais personne au Parti républicain n’ose sortir du bois – sauf John McCain, que l’on vient d’enterrer.

L’avilissement du discours politique aux Etats-Unis du fait de la parole présidentielle et de ses mensonges quotidiens s’est ainsi accompagné d’un effondrement moral du Parti républicain. On peut douter que cet «op-ed» y change quoi que ce soit.

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© Gabioud Simon (gam)