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L’égalité des chances est l’affaire de tous!

OPINION. Claudine Esseiva trouve dommage que le 14 juin soit une manifestation réservée aux femmes. La clé du succès pour plus d’égalité entre hommes et femmes, ce sont les hommes, écrit-elle

Le vendredi 14 juin a lieu la deuxième grève des femmes de l’histoire suisse. Le Temps publie une série d’articles sur les enjeux mis en lumière par cette mobilisation.

Retrouvez tous nos articles sur la question de l'égalité.

La grève des femmes du 14 juin est pour moi un sujet ambivalent. D’un côté je soutiens les revendications des femmes. Je suis aussi fâchée et frustrée qu’en 2019 nous devions encore nous battre pour un salaire égal, pour plus de femmes dans les postes à responsabilité, pour plus de femmes en politique et que la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle soit encore considérée comme une affaire de femmes, alors que c’est un sujet de société qui intéresse autant les pères que les mères.

Ce point est aussi la base de mon ambivalence. Je trouve dommage d'un autre côté que le 14 juin soit une manifestation réservée aux femmes. Car je suis convaincue que la clé du succès pour plus d’égalité entre hommes et femmes, ce sont les hommes. Dès qu’ils s’emparent de ce combat et qu’ils voient une valeur ajoutée à une société égale, nous faisons un pas en avant.

Chez les CEO, le pourcentage de femmes ne s’élève qu’à 4% et 3% seulement parmi les présidents de conseils d’administration

Il est clair pour moi que je veux utiliser le 14 juin comme une journée d’action pour attirer l’attention sur les objectifs à atteindre. L’égalité entre les femmes et les hommes ne concerne pas uniquement les partis et les syndicats de gauche, mais c’est l’affaire de tous. Je ne ferai pas la grève en tant que femme active, mais profitons de cette journée pour faire entendre notre voix et appeler les femmes et les hommes à s’engager davantage pour l’égalité des chances!

Plus de femmes dans les instances dirigeantes

Les femmes sont encore et toujours largement sous-représentées dans les instances dirigeantes de l’économie helvétique en 2019. En Suisse, la proportion de femmes dans les conseils d’administration est d’une sur cinq. Cela tombe à une sur dix dans les directions d’entreprise. Chez les CEO, le pourcentage de femmes ne s’élève qu’à 4% et 3% seulement parmi les présidents de conseils d’administration. Et ce, alors que des études ont démontré que les entreprises occupant davantage de femmes aux postes de direction obtiennent de meilleurs résultats.

La Suisse a besoin de:

· Favoriser le travail à temps partiel pour les hommes et les femmes et le partage du travail à tous les niveaux de carrière.

· Edicter des valeurs cibles ambitieuses pour les hommes et les femmes au sein des conseils d’administration et des directions d’entreprise.

Révision modérée de la loi sur l’égalité

Des mesures drastiques sont désormais nécessaires pour appliquer l’égalité salariale ancrée dans la Constitution. Lors de sa session d’hiver de 2018, le parlement a fait un pas dans cette direction et a adopté la révision de la loi sur l’égalité. Toutes les entreprises de 100 employés ou plus (les apprentis ne sont pas pris en compte) sont désormais tenues d’effectuer une analyse de l’égalité des salaires tous les quatre ans, pendant douze ans. Même si le délai référendaire court toujours, nous nous attendons à ce que l’économie suive et applique cette loi modérée. L’effort impliqué est faible et la Confédération fournit depuis longtemps les instruments nécessaires.

Les Business and Professionnel Women (BPW) Switzerland organisent par exemple l’Equal Pay Day – la journée internationale de l’égalité salariale – depuis maintenant dix ans. Cette année, l’Equal Pay Day est tombé le 22 février. Jusqu’à ce jour, les femmes actives suisses ont en effet travaillé gratuitement, alors que leurs collègues masculins gagnent leur salaire depuis le 1er janvier déjà.

La Suisse a besoin de:

· La transparence des salaires, pour faciliter les revendications d’égalité salariale.

· Etendre l’obligation d’analyser régulièrement les salaires aux entreprises de 50 employés ou plus.

Définir les bonnes incitations

Notre système fiscal et le calcul des frais de garde des enfants par des tiers sont conçus de sorte que, dans de nombreux cas, il ne vaut pas la peine d’exercer une activité lucrative pour les femmes. En outre, les femmes travaillent pour la plupart à temps partiel. Le travail à temps partiel en dessous de 60% est toutefois synonyme d’abandon des perspectives de carrière, de cotisations réduites aux assurances sociales et de pertes dans la prévoyance vieillesse. En moyenne, les pensions des femmes sont 37% inférieures à celles des hommes.

La Suisse a besoin de:

· L’introduction du système d’imposition individuelle. Il doit être logique pour les couples que les deux parents exercent une activité lucrative.

· L’abaissement du seuil d’accès et de la déduction de coordination de la caisse de pension ou du moins le couplage au taux d’occupation.

· Une offre à la fois suffisante et financièrement abordable de structures de garde des enfants et d’écoles à horaire continu.

· L’introduction d’un congé parental.

Des conditions de travail flexibles telles que le bureau à domicile et des horaires de travail flexibles pour les parents/hommes et femmes.

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