On a parlé d’une France coupée en deux entre celle qui va bien, souvent en ville, et celle qui va mal, périphérique. On a parlé d’une France coupée en trois, entre le vote centriste, le vote d’extrême droite et le vote pour la gauche radicale. Les premières négociations en vue des législatives de juin laissent plutôt entrevoir une France explosée en mille morceaux qui ne donne guère d’incarnation possible aux colères à l’Assemblée nationale.

La droite dure et la gauche antisystème pourraient bien échouer à obtenir un vrai poids au parlement. Un manque de représentativité reconnu par tous dans l’entre-deux-tours et qui, s’il perdure, ferait courir un risque important à la France.

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Le scrutin majoritaire favorise en effet les candidats consensuels, et par conséquent le parti du président élu. Un scrutin proportionnel, que les candidats de tous bords appelaient de leurs vœux, permettrait de répartir le nombre de sièges selon le nombre de voix recueillies dès le premier tour. Emmanuel Macron s’y est dit favorable, comme il l’avait dit en 2017. Mais il n’a pas pu ou pas voulu imposer la mesure au cours de son mandat, et les élections législatives de 2022 lui donneront donc une fois encore un bel avantage.

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Si tout se passe bien pour lui, il aura toutefois la lourde tâche d’apaiser les colères sans qu’elles soient représentées à leur juste poids au parlement. Charge à lui de ne pas trop se laisser aller à la stratégie politique, qu’il maîtrise à merveille, on l’a encore vu dans cette fin de campagne présidentielle, et de donner de vrais gages tout en évitant l’élargissement politique jusqu’au grand écart.

Le virage écologiste entamé par le candidat d’entre-deux-tours, s’il est mis en pratique, est une bonne piste pour parler à la jeunesse. Mais il en faudra plus. Les attentes ne sont (de loin) pas qu’écologiques. Marine Le Pen a ainsi séduit par l’aspect social de son programme. Or, à entendre certaines rumeurs sur le nom du prochain premier ministre ou sur l’alliance possible avec la droite modérée en vue des législatives, la direction prise pourrait être risquée. Espérons pour la France qu’Emmanuel Macron saura donner plus que des petits signaux à gauche et des strapontins ministériels à des exfiltrés prétextes. Sinon, la violence des Gilets jaunes et la menace de l’extrême droite prendront une tout autre ampleur dans les années qui viennent.