Editorial

L’Eglise en hôpital de campagne

Le pape François continue de réformer l’Eglise catholique au pas de charge. Il a profité dimanche à Rome de la présence de quelque 160 cardinaux à une messe solennelle pour leur répéter ce qu’il attendait d’eux. Il leur a demandé d’être ouverts au monde, tout particulièrement aux exclus, et de «se retrousser les manches».

François a joint la parole au geste. Au cours d’une fin de semaine riche en événements, il avait «créé» la veille 20 nouveaux cardinaux dans le même esprit. A cette occasion, il a rompu avec une vieille tradition selon laquelle certains responsables de la Curie (l’administration) vaticane ou certains titulaires d’archevêchés prestigieux (comme Venise) sont automatiquement élevés à cette dignité. Il a promu cette fois, à une exception près, des hommes de terrain comme Francesco Montenegro, archevêque du diocèse sicilien d’Agrigente et donc de l’île de Lampedusa, un homme très engagé pour les droits des migrants, ou Arlindo Gomes Furtado, évêque de Santiago du Cap-Vert, confronté quotidiennement aux défis de la misère.

L’homme réel, l’homme en chair et en os, intéresse François. Pas seulement l’homme spirituel rêvé par certains théologiens. Le pape insiste régulièrement dans ses interventions sur l’importance de parier constamment sur les grands idéaux tout en se concentrant jour après jour sur les réalités les plus humbles. Les deux attitudes ne se contredisent pas à ses yeux, bien au contraire. Les plus grands principes ne peuvent prendre vie que dans la réalité du quotidien.

Dans un entretien à la revue jésuite Civiltà Cattolica, François a confié qu’il voyait l’Eglise «comme un hôpital de campagne après une bataille». Un endroit où de graves blessures sont à soigner et où les maux mineurs sont à ignorer. Les docteurs de la loi ne doivent pas, par rigorisme, écarter ceux dont ils n’approuvent pas certaines attitudes, a-t-il répété dimanche. S’ouvrir au monde, c’est s’ouvrir à tout le monde.