Editorial

Pour l'Eglise, l'heure des comptes

ÉDITORIAL. Aujourd'hui, les sociétés – majoritairement laïques – exigent de la curie qu’elle obéisse pleinement à leurs propres règles

Il fut un temps où la parole des prélats faisait loi. Un temps où la hiérarchie catholique pouvait non seulement distinguer, sur le plan individuel, le péché de la vertu, mais aussi déterminer en profondeur les règles qui régissaient les sociétés. Certes, ce temps est, pour l’essentiel, révolu depuis longtemps. Mais un vent nouveau s’est levé. Et, tandis que ces sociétés changent elles aussi à toute vitesse, le vent est en train de se muer en tempête: il s’engouffre dans les coins les plus secrets du Vatican, il réclame justice et transparence, il bouscule les rituels les mieux établis au point de menacer les calottes des évêques et des cardinaux. Désormais, ce sont les sociétés – majoritairement laïques – qui exigent de la curie qu’elle obéisse pleinement à leurs propres règles.

Lire aussi: La lutte contre la pédophilie au programme du Vatican

L’Eglise semble ainsi assaillie de toutes parts. La semaine dernière, c’était le très influent ancien archevêque de Washington Theodore McCarrick qui était tout bonnement exclu de l’Eglise, une décision sans précédent. En France, le dernier film de François Ozon – Grâce à Dieu – essaie de surmonter les derniers écueils judiciaires pour finir d’exposer en pleine lumière les agressions sexuelles dont se serait rendu coupable un prêtre lyonnais. En Australie, au Chili, en Irlande, en Allemagne, les bourrasques sont similaires. Un peu partout, ou presque, des associations de victimes ont vu le jour pour que la justice soit rendue et que leur douleur soit pleinement reconnue.

Le pape François a saisi, mais un peu tard, l’ampleur du défi. Après avoir semblé sous-estimer les affaires de pédophilie et de violence sexuelle, il a décidé de réunir en sommet extraordinaire les présidents de toutes les conférences épiscopales nationales. En fin de semaine, il les sermonnera de manière tout à fait inédite. Il n’est plus question de se cacher derrière la reconnaissance de quelques cas de prêtres égarés. Le pape admet aujourd’hui l’existence de «quelque chose de malade» dans le corps ecclésial. L’Eglise n’esquive plus des concepts tel «l’abus de pouvoir» dont se sont rendus coupables les prêtres fautifs et également ceux qui, dans la hiérarchie, ont couvert leurs méfaits. Il est temps d’agir, leur dira le pape. Il est temps de répondre pleinement «à la justice humaine».

François joue gros dans cette sorte de nouvel aggiornamento des mœurs. Car si elle représente la facette la plus scandaleuse, la pédophilie n’est pas la seule dérive à émerger ainsi en pleine lumière. Des abus de pouvoir, les prêtres ont aussi pu les commettre contre des «adultes vulnérables», contre des séminaristes qui voulaient réussir leur formation, contre des hommes ou des femmes trop effrayés de résister à l’autorité de la soutane. Le pape n’a pas le choix. Mais en ouvrant la boîte de Pandore comme rarement auparavant, il va faire trembler l’Eglise sur ses bases.

Publicité