L’Eglise catholique est mise à mal par les révélations concernant les prêtres pédophiles. Ce sont d’abord les faits eux-mêmes qui choquent, car on imagine à tort que le rôle dont est investi le prêtre développe son surmoi au point de lui éviter les tristes dérives du commun des mortels. Les protestants, qui placent plus modestement leurs pasteurs au rang de leurs ouailles, et leur autorisent donc le mariage, s’épargnent de tels scandales.

Mais ce qui trouble aussi, c’est le silence de l’Eglise, sa façon d’avoir caché des faits qu’elle connaissait souvent et d’avoir soustrait ses membres aux lois de leur pays. Pourquoi? Pour les protéger, peut-être, mais également pour se protéger elle-même d’un éventuel amalgame entre les fruits gâtés et les autres sains. Par honte que le scandale éclate, sans doute, mais par crainte surtout qu’il nuise à la mission spirituelle de l’Eglise, portée par l’immense majorité des prêtres qui la composent. Par esprit de famille, enfin, comme cela arrive dans les foyers où les enfants abusés se heurtent au silence complice de leur entourage, partagé entre la défense de la petite victime et sa loyauté envers le groupe familial et son image extérieure.

Ce souci de prétendre son clan parfait n’appartient donc pas à l’Eglise seulement, même si l’on aurait pu espérer qu’elle se montre exemplaire en la matière. Regardez chez les médecins, généralement des gens de bien, comme il est difficile de faire ressortir les cas d’attouchements ou les fautes médicales, sans parler des moutons noirs du dopage sportif ou des distributions complaisantes de certificats en tous genres…

Regardez dans la finance, un métier pas moins honnête qu’un autre, comment la profession a laissé un Madoff dé­velopper et faire durer un ­montage aussi énorme qu’improbable. Sans oublier le journalisme, qui parle haut et fort des innombrables tares du monde mais se fait très discret lorsqu’il s’agit de son propre corps professionnel.

Regardez partout, chez vous comme ailleurs, ce qu’il advient de plus ou moins grave, et qui est soigneusement tu quoique connu de tous. Et c’est normal, défendable, admis. Un clan sert à protéger sa réputation et celle de ses membres. Il faut donc comprendre que l’Eglise l’ait fait, même s’il ne faut plus admettre qu’elle perdure dans l’erreur tant la gravité des actes ne le permet pas. Car les prêtres pédophiles portent une atteinte grave tout d’abord aux victimes, innocemment confiées à leur garde, mais aussi à l’Eglise qu’ils se sont engagés à servir.

Face aux crises que traverse la chrétienté, au manque de vocations, à la mise en cause du dogme, aux attaques incessantes et pernicieuses dirigées contre le pape, l’Eglise n’a d’autre défense possible que d’être vraiment irréprochable, pas seulement en apparence mais en profondeur. C’est ce que ses fidèles attendent d’elle, comme c’est ce qu’elle espère d’eux depuis des siècles!

mh.miauton@bluewin.ch

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