Durant ses seize années au pouvoir, Angela Merkel se sera distinguée par son style. Un style marqué par la simplicité, l’attentisme, une politique des petits pas, une posture morale jamais prise en défaut et de vrais élans du cœur. Durant ces seize années d’exercice du pouvoir, à la tête de coalitions centristes, elle s’est plus encore inscrite dans un récit allemand obsédé par le besoin de stabilité, de prévisibilité et de responsabilité. C’est la grandeur et la limite de cette nation et de sa chancelière, qui a déjà appelé son successeur, qu’il soit de gauche ou de droite, à en faire de même.

Il faut le dire et le répéter: il y a une vraie grandeur allemande à ne pas vouloir s’imposer dans le concert européen alors même que son poids économique et politique devient chaque année plus prépondérant. N’en déplaise aux pourfendeurs d’un prétendu «4e Reich allemand» qui dicterait son agenda aux autres Européens, Berlin s’illustre au contraire comme une force d’équilibre sur un continent tiraillé par des dynamiques de plus en plus centrifuges.

Une nation pivot

Ce rôle-là, l’Allemagne l’assume au regard d’une histoire qui l’oblige. Par deux fois, elle a provoqué la boucherie (1914-1918) puis la catastrophe (1939-1945). Nul autre peuple n’est plus conscient de ses erreurs passées. Sa réunification ne pouvait se réaliser que par un engagement européen qui la lierait par la monnaie à un système destiné à empêcher que le retour d’une grande Allemagne rompe à nouveau les équilibres du continent. L’exercice est globalement réussi.

Angela Merkel a magistralement incarné cette idée d’une nation pivot sans renoncer à assumer un certain leadership. Un leadership conféré non seulement par la démographie et le PIB, mais aussi par la défense de ce capitalisme rhénan, ou économie sociale de marché, qui est la marque distinctive de l’Europe face aux autres modèles que peuvent être les Etats-Unis, la Chine ou même la Russie.

Redevenir une force de changement

Cela aura aussi été la limite d’Angela Merkel, celle de ne pas avoir su faire évoluer son pays, et le continent européen avec lui, vers davantage d’autonomie stratégique. Si elle n’a mené aucune grande réforme en Allemagne, elle n’a pas davantage contribué à penser au renouveau de l’Europe. Cela vaut aussi bien pour l’économie (et son dogme de l’austérité à peine remis en question), l’environnement (où l’abandon du nucléaire s’est traduit par une surconsommation de charbon) et la défense (où la chancelière est restée prisonnière de la dépendance américaine).

Le successeur d’Angela Merkel se fera élire avec la promesse implicite de poursuivre sa voie. L’Allemagne de demain devra pourtant redevenir un acteur du changement. Pour mieux accompagner les bouleversements du monde. Et pour mieux contribuer à la stabilité du continent.