L’UDC marque le pas. Pour la seconde fois depuis avril, la formation populiste recule dans le baromètre GfS/SSR, dont Le Temps est partenaire. Il y a désormais peu de chances qu’elle atteigne son objectif déclaré de 30% des voix aux élections fédérales du 23 octobre. Avec 27,4% des intentions de vote, l’UDC est en dessous de son score de 2007 (28,9%). Si cette tendance se confirmait dans les urnes, elle constituerait une rupture majeure – le coup d’arrêt à 20 ans de progression ininterrompue, et d’emprise croissante du parti blochérien sur la politique suisse.

Cette tendance est d’autant plus remarquable que, selon le sondage, la thématique de l’immigration reste en tête des préoccupations des Suisses. Mais l’UDC a commis des erreurs ces derniers mois. Fixer comme but la conquête d’un tiers de l’électorat, ou davantage, donnait l’impression que le parti convoite une forme d’hégémonie – une attitude très peu helvétique. Dans la même veine, faire mine de préparer la sécession de la Suisse centrale en cas d’adhésion à l’UE, ou l’annexion, certes démocratique, des provinces limitrophes de pays voisins, trahissait tout à la fois une vision du monde fruste et une légèreté puérile, irresponsable.

On retrouve ces ingrédients dans son initiative contre «l’immigration massive», qui remet en cause la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. Compromettre un élément fondamental du succès récent de la Suisse, sous le simple slogan «il n’y a qu’à renégocier», a éloigné le parti des milieux économiques et pourrait lui coûter des voix.

Mais les adversaires de l’UDC auraient tort de se réjouir trop tôt. Elle restera le premier parti au soir du 23 octobre, son appétit pour un second siège au Conseil fédéral demeurera intact et – sur le plan de l’arithmétique – légitime. Ses valeurs se sont largement diffusées, comme en témoignent l’étiolement du sentiment proeuropéen et le durcissement de la société sur les questions d’asile. Enfin, le ralentissement économique dû aux troubles monétaires n’a pas encore déployé ses effets. Lorsqu’ils seront là, on ne peut exclure une radicalisation de l’opinion qui redonnerait des ailes à l’UDC.