Revue de presse

Avant l’élection au Conseil fédéral, on épluche les dernières tendances

Dernière ligne droite. Deux femmes succéderont à Doris Leuthard et à Johann Schneider-Ammann ce mercredi à Berne, selon toute vraisemblance. Mais il y a toujours un mais. Petite tournée des dernières popotes médiatiques

Joseph Deiss (PDC/FR), 72 ans, conseiller fédéral du printemps 1999 à l’été 2006, l’a moyennement apprécié, cet éditorial du rédacteur en chef de La Liberté de Fribourg, daté du 27 octobre dernier, sur les déboires électoraux du PDC suisse. Alors que l’ancien conseiller fédéral sortait ses Mémoires, savamment intitulés Quand le cachalot vient de tribord, Serge Gumy jugeait que la succession Leuthard était mal partie. Moins bien, certes, que le réseautage de plus en plus accru du parlement suisse – nom de tonnerre, quelle modernité:

Et Gumy de filer la métaphore aquatique: «Le PDC fait pâle figure dans la course au Conseil fédéral. Il est apparu très mal préparé à la démission pourtant prévisible de sa figure de proue. La pêche aux candidatures n’a en outre fait remonter aucun gros poisson dans ses filets, tout juste deux truites respectables, du Rhône (Viola Amherd) et du lac de Zoug (Peter Hegglin), ainsi que deux ablettes (Elisabeth Schneider-Schneiter et Heidi Z’graggen).» Sachant que les truites vivent dans des eaux claires et vives et que les ablettes apprécient les cours d’eau à courants lents, mais peuvent s’adapter à des courants plus forts si elles disposent de zones de repos à proximité, chacun se livrera à sa propre herméneutique.

Retrouvez tous nos articles sur ces deux élections au Conseil fédéral.

Le cachalot, les truites et les ablettes

Migros Magazine nous le communique donc: intitulé «Le cachalot, les truites et les ablettes», ce texte présentait, pour Joseph Deiss, «un manque de respect envers deux femmes qui ont déjà accompli une carrière remarquable». D’accord avec lui. Jetons donc les poissons d’eau douce et le mammifère marin avec l’eau du Bundesrat sans vergogne et concentrons-nous sur «J – 1». Car c’est bien demain, mercredi matin, que l’Assemblée fédérale procédera à l’élection de deux nouveaux membres du gouvernement:

Il y a tout lieu de croire qu’il s’agira de deux nouvelles conseillères fédérales. Sauf énorme surprise, par exemple si le PLR nidwaldien Hans Wicki (ou un autre? encore plus improbable: une autre?) parvenait à se faire élire à la fonction suprême. Deux femmes, donc: la PLR saint-galloise Karin Keller-Sutter, quasi assurément; et une des deux candidates du PDC, la Valaisanne Viola Amherd ou l’Uranaise Heidi Z’graggen. Mais, on le sait, dans ces cas-là, les jeux ne sont jamais complètement faits à l’avance. Ce pourquoi l’émission Infrarouge, de la RTS, joue la carte du grand suspense:

Le Blick parle, lui, de la mythique «nuit des éplucheurs» – on a aussi dit «petits canifs» – à l’hôtel Bellevue, où les derniers engagements partisans seront pris. Mais les cas d’Otto Stich, élu à la place de Lilian Uchtenhagen, de Ruth Dreifuss à la place de Christiane Brunner, puis de Francis Matthey, ou d’Eveline Widmer-Schlumpf à la suite de l’éviction de l’anticollégial Christoph Blocher montrent qu’il y a des élections «à accident». Ou «à la raclette», comme celle d’Ueli Maurer face à Hansjörg Walter. Alors qui sait? Le grand public, en tout cas, n’est jamais «au courant» des dernières manœuvres avant élection.

Ce qui est sûr, en revanche, à moins d’un décès d’ici au 31 décembre 2018, c’est qu’ils seront, à cette date, dix-neuf. Dix-neuf pensionné(e)s du Conseil fédéral, comme s’est amusé à les décompter l’hebdomadaire de la presse coopérative, dans un exercice historico-statistique plutôt original, qui fait défiler nos vies en même temps que celle de ces ancien(ne)s magistrat(e)s. Le petit coup de gueule de Joseph Deiss mis à part, on se remémore alors que le plus âgé d’entre eux est Arnold Koller (PDC/AI), 85 ans, en poste de 1987 à 1999; tandis que la plus jeune demeure Ruth Metzler-Arnold (PDC/AI aussi), 54 ans aujourd’hui et non réélue le 10 décembre 2003 après presque quatre ans à l’exécutif, pour cause de poussée électorale de l’UDC.

L’éventualité quasi certaine de voir une troisième femme intégrer le Conseil fédéral

A glaner aussi dans ces pages nostalgiques, la joie de la socialiste genevoise Micheline-Calmy-Rey, 73 ans, au Conseil fédéral de 2003 à 2011, face à «l’éventualité quasi certaine de voir une troisième femme» intégrer le gouvernement. On aime cette «éventualité quasi certaine» digne de nos meilleurs cours de «probs». On aime aussi l’audace du PLR lucernois Kaspar Villiger, 77 ans, «Sage» de 1989 à 2003, qui réussit «de temps en temps à faire parler de lui loin à la ronde, en déclarant par exemple en mai dernier que «le Brexit n’était pas un exercice de démocratie directe, mais une sottise». Une attaque que le Daily Express qualifia aussitôt de choquante»:

Pour l’heure, l’Assemblée fédérale va élire les successeurs de Johann Schneider-Ammann et de Doris Leuthard au Conseil fédéral. On le répète: «Deux femmes devraient être élues, ce qui serait une première. Jamais deux représentantes du sexe féminin n’ont encore été choisies simultanément au sein du gouvernement», soulignait lundi le Blick, cité par 20 minutes. «Le journal s’est amusé à analyser les caractéristiques des ministres élus jusqu’ici depuis l’introduction de la formule magique en 1959.» Avec les critères habituels de la «formule tacite qui ne repose sur aucune loi»: équilibre linguistique et clé de répartition des partis, essentiellement.

Les autres outils d’analyse, la confession ou le signe astrologique, paraissent moins sérieux

Ensuite, statistiquement parlant, les sept Sages ont en général «la bague au doigt au moment de leur élection et près de 80% d’entre eux […] des enfants. Mais les temps changent. Aujourd’hui, la PLR Karin Keller-Sutter, archi-favorite, est mariée mais n’a pas d’enfants, tout comme la candidate uranaise PDC Heidi Z’graggen. Et sa rivale valaisanne, Viola Amherd, n’est non seulement pas mariée, mais n’a en outre pas d’enfants.» Les autres outils d’analyse, la confession ou le signe astrologique, paraissent moins sérieux. Précision quand même, d’une crasse utilité: Viola Amherd est végétarienne.

Le 2 décembre, la SonntagsZeitung et Le Matin dimanche écrivaient, eux, que «si les Suisses pouvaient élire les deux nouveaux conseillers fédéraux, […] une majorité d’entre eux soutiendrait […] Karin Keller-Sutter […]. L’actuelle présidente du Conseil des Etats obtiendrait 59% des voix, selon un sondage Tamedia. Son rival, le conseiller aux Etats Hans Wicki (PLR/NW), ne recueillerait que 9% des suffrages. Du côté des candidats PDC, le score est plus serré, la conseillère nationale valaisanne Viola Amherd étant acclamée par 26% des Suisses, contre 24% pour la conseillère d’Etat d’Uri Heidi Z’graggen.»

Hypothèse des deux «dominicaux»: «Mme Amherd devrait l’emporter […] face à Mme Z’graggen devant l’Assemblée nationale. Se basant sur des déclarations politiques, d’analyses d’élus de différents partis et de spécialistes de la politique fédérale, la Valaisanne devrait obtenir au pire 116 voix et au mieux 147. La fourchette de sa rivale uranaise oscille entre 99 et 130 suffrages. Comme il faut 124 voix pour être élu, il existe 24 scénarios dans lesquels Viola Amherd gagne, contre huit favorables à Heidi Z’graggen, ce qui correspond à 75% de chances de victoire pour la première contre 25% pour la seconde.» Tout le monde suit, au fond?

Seulement voilà: ce n’est pas le peuple qui élit le Conseil fédéral, et les médias ne logent pas dans la tête des représentants de l’Assemblée fédérale. C’est ce que dit la Basler Zeitung: «La terre tremble, le temps s’arrête. […] Quiconque veut contrôler démocratiquement un gouvernement est bien avisé de déjouer au départ tout culte qui entoure les personnes.»

Le point de vue tessinois

«Les parlementaires individuels sont libres de voter à leur guise, rappelle aussi La Regione. Même ce renouvellement partiel du gouvernement conserve donc l’impondérable qui caractérise de manière plus ou moins marquée chaque élection du Conseil fédéral.» Mais «on peut dire avec beaucoup de certitude que nous aurons trois femmes au Conseil fédéral et qu’à la place de Schneider-Ammann, Karin Keller-Sutter sera élue. Reste cette inconnue: qui, de Viola Amherd ou Heidi Z’graggen, prendra la place de Doris Leuthard?»

Des structures patriarcales

Pour le quotidien tessinois, «trois femmes au gouvernement: c’est une bonne chose. […] Nous n’avons aucune raison d’en douter. Mais le fait est que même avec une Keller-Sutter et une Z’graggen (mais aussi avec une Amherd), la ligne politique du Conseil fédéral ne changera pas beaucoup. Ailleurs, le paysage est encore plus sombre: au parlement, la présence des femmes est limitée et, dans une année, les femmes risquent même de disparaître au Conseil des Etats. […] Il suffit de comparer la complaisance d’un Pierre Maudet […] avec l’attitude de la sénatrice vaudoise Géraldine Savary […] pour avoir un aperçu de la ténacité des structures patriarcales qui définissent la politique suisse.»

Au Conseil fédéral, deux sièges à repourvoir

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