Mercredi, le parlement suisse sera confronté à un choix historique. Va-t-il accorder à l’UDC la place qui lui revient au Conseil fédéral en vertu de son poids électoral, ou la maintenir dans une position semi-marginale, au nom d’une conception moins clivante, plus consensuelle de la politique? Il devra aussi faire entrer un ou deux nouveaux dans l’équipe chargée de piloter la Suisse à un moment délicat: l’économie ralentit, le franc reste trop fort, l’Europe en crise mute à grande vitesse.

En regard de ces enjeux, le laborieux mécanisme d’élection des nouveaux conseillers fédéraux laisse à désirer. Certes, les partis ont entendu des candidats et publié des communiqués, mais le processus demeure difficile à déchiffrer par le citoyen. On sait à peu près qui soutiendra qui le 14 décembre, mais le résultat final dépendra de détails que personne ne maîtrise: la cohésion du lobby agricole (censé se mobiliser pour le candidat UDC Hansjörg Walter), les hésitations de quelques libéraux-radicaux à voter pour ce dernier, l’ego imprévisible du président vert libéral, Martin Bäumle, les arrière-pensées de certains socialistes prêts à satisfaire l’UDC, etc.

Le mythe d’une «nuit des longs couteaux» où tout se nouerait juste avant le scrutin a ceci de rassurant qu’il donne à l’événement une unité de lieu, de temps, une clarté que celui-ci ne possède pas. Dans les faits, c’est l’interaction des stratégies de vote échafaudées dans l’opacité par les partis qui fera la décision – aléatoire, forcément. Lorsque Le Temps a demandé à des universitaires chevronnés d’élaborer un modèle mathématique de l’élection au Conseil fédéral, ceux-ci ont décliné: décomposer les mécanismes à l’œuvre demanderait trop d’énergie. «Ce système est vraiment compliqué, un beau thème pour un travail de thèse», a ainsi commenté un professeur allemand.

Un système que personne ne comprend est-il encore démocratique? Dans un régime comme le nôtre, où le parlement tient une place centrale, des tractations obscures entre partis font partie de la normalité. La preuve que le mode d’élection actuel ne fonctionne plus n’est pas faite au-delà de tout doute raisonnable. Mais un jour prochain, la question de son remplacement se posera. Peut-être dès 2013, lorsque l’initiative de l’UDC pour l’élection du Conseil fédéral par le peuple devrait être soumise aux électeurs.

C’est à l’aune du résultat de mercredi – de sa cohérence, de sa lisibilité, de son efficacité à terme – que ces derniers jugeront si le parlement est toujours digne de choisir les dirigeants de ce pays.

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