Éditorial

L'élection qui réveillera Fribourg

Le scrutin du 4 mars peut redonner du souffle à une politique cantonale qui ronronne depuis longtemps

Les Fribourgeois bombent le torse en ce début d’année 2018. Ce sont deux des leurs qui occupent les deux plus illustres fonctions politiques de ce pays: Alain Berset à la présidence de la Confédération et Dominique de Buman à la présidence du Conseil national. Même les musiciens de la vénérable Landwehr ont apporté leur note à ce concert d’autosatisfaction, invités à jouer en mondovision avant le discours de Donald Trump au Forum économique de Davos.

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Pourtant, ces deux élections, pour prestigieuses qu’elles soient, sont des cache-misère. Depuis quelques années, Fribourg a mal à sa politique. La députation aux Chambres fédérales, autrefois enviée loin à la ronde, a vu son influence s’éroder. Le Conseil d’Etat n’a lui toujours pas trouvé la grande figure qui lui manque depuis le départ de la PDC Isabelle Chassot, partie reprendre les rênes de l’Office fédéral de la culture en 2013.

Le gouvernement cantonal donne l’impression de gérer les affaires courantes, plutôt bien d’ailleurs, mais sans grandes idées. Son récent programme de législature a déçu par son manque d’ambition, malgré une saine santé financière. Fribourg a de l’argent mais ne sait pas quoi en faire. Cette inertie politique conforte la vision d’une région qui se cherche et n’a toujours pas trouvé sa place entre Berne et l’Arc lémanique.

Un peuple de pendulaires

Le canton se rêve depuis longtemps en lien entre les langues, à l’image de l’audacieux pont de la Poya enjambant la Sarine, que les autorités aiment tant mettre en avant. La réalité est que les Fribourgeois, devenus un peuple de pendulaires, sont de plus en plus écartelés entre l’Arc lémanique et la capitale fédérale. Un habitant sur quatre va aujourd’hui chercher son salaire hors des frontières cantonales. Un taux parmi les plus élevés de Suisse.

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Les dernières élections cantonales de 2016 n’ont pas réussi à redonner un souffle. Elles ont sans grande passion consacré le statu quo. Mais, alors que la législature promettait de se résumer à un long train-train, la démission surprise de la Verte Marie Garnier, le 8 novembre dernier, a sorti le canton de sa léthargie. Le départ choc de l’élue, engluée dans l’affaire de la préfecture de la Sarine, a pris au dépourvu des partis en mal de relève. Les ténors de la politique fribourgeoise, tels Christian Levrat ou Jacques Bourgeois, se sont bien gardés de se lancer dans cette élection complémentaire qui, avec pas moins de sept candidats pour un seul siège, prend des allures de chausse-trappe.

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Pourtant, le scrutin n’en est pas moins une chance pour le canton. La question du maintien ou de la perte du troisième siège de la gauche promet d’électriser la campagne. La question place les électeurs devant un vrai choix avec les deux favoris qui se dessinent: donner un coup de barre à droite avec le PLR Didier Castella, ou renforcer la gauche avec la socialiste Valérie Piller Carrard. Un face-à-face qui, au-delà du simple enjeu partisan, doit sonner comme un réveil.

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