Le thème de la rénovation institutionnelle a été investi par les douze candidats retenus pour l'élection présidentielle, certains proposant une nouvelle Constitution ménageant une place plus importante à la participation des citoyens à la vie politique française.

Le référendum a acquis ses lettres de noblesse alors même qu'il était tombé en désuétude au fil du temps. La campagne référendaire sur le projet de traité constitutionnel européen l'a quelque peu ranimé, puisque tous les candidats y font référence. En effet, le candidat de l'UMP propose une initiative législative possible lorsque 10% des citoyens signent un projet de loi, le candidat de l'UDF souhaite abaisser ce seuil à 5% alors que la candidate socialiste prévoit la possibilité d'une pétition d'un million d'électeurs sans préciser si elle peut s'apparenter à une initiative législative facultative.

L'extrême gauche a promu le référendum d'initiative populaire comme une forme d'expression citoyenne légitime contrairement aux autres usages plébiscitaires du référendum. Les socialistes, les Verts, le PCF et les centristes souhaitent qu'un référendum constituant consacre le passage à la VIe République.

L'extrême droite représentée par Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers s'est emparée du référendum comme une méthode de gouvernement, le premier souhaitant se voir dessiner une «république référendaire», systématisant ainsi le champ de l'article 11 de la Constitution selon lequel il est possible d'organiser des référendums sur les grands sujets économiques et sociaux de la Nation, et le second clamant un «patriotisme référendaire» en osant des référendums sur des débats tels que l'immigration ou même la peine de mort pour les crimes les plus odieux.

Dans les forums de certains candidats, on trouve de nombreuses références à la Confédération helvétique et à l'usage du référendum. Alors que la Suisse a été un mythe structurant de l'imaginaire politique français, il semble que ces références soient beaucoup plus concrètes, puisqu'elles concernent la façon dont les débats sur les OGM, sur l'énergie, ou sur le fret ferroviaire ont été menés grâce à cet instrument.

Ainsi, le mythe suisse n'est plus relégué à un particularisme culturel, en témoigne l'intensité de la demande référendaire chez tous les candidats à la présidentielle, alors qu'en 2002 cette demande concernait surtout les écologistes, les communistes, l'extrême gauche et l'extrême droite.

Certains candidats ont promis à demi-mot au moins deux référendums importants pour le prochain quinquennat, à l'instar de Ségolène Royal et de François Bayrou avec le référendum sur la VIe République et sur un nouveau traité constitutionnel européen. Le candidat centriste a même appelé à voter sur des questions aussi cruciales que celle des retraites.

L'avantage de l'invocation d'une telle procédure est double: d'une part, le candidat affine son image en se présentant comme une personne à l'écoute de l'opinion et d'autre part les sujets sensibles peuvent être ajournés. Le référendum peut ainsi neutraliser les enjeux et éviter paradoxalement aux candidats de prendre une position trop nette et trop risquée sur une question spécifique.

Le référendum constituant est ancré dans la tradition politique française depuis la Révolution française qui en avait connu plusieurs (un en 1793 et deux en 1795) avant que la pratique napoléonienne et plus tard gaullienne ne lui donne une tournure plébiscitaire. Si l'initiative constitutionnelle est totalement étrangère à l'imaginaire politique français, la candidate socialiste défend l'idée d'une convention composée d'experts, d'élus et de citoyens tirés au sort, chargée d'élaborer le contenu d'une république faisant la part belle à la participation. Ce n'est d'ailleurs pas tant sur l'usage du référendum que la candidate socialiste s'est démarquée de ses concurrents que sur l'utilisation d'instruments participatifs tels que les jurys citoyens.

L'invocation référendaire vient in fine souligner l'affaiblissement demandé du rôle du président de la république au profit de la revalorisation du parlement et donc d'un rééquilibrage des pouvoirs publics. En fait, la demande de participation n'est pas ponctuelle, elle s'inscrit pleinement dans un rapport de défiance qu'entretiennent les citoyens français avec leurs élites.

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