En octobre 2012, six sismologues italiens ont été reconnus coupables d’homicide et condamnés à des peines de prison, à la suite du tremblement de terre de L’Aquila, qui avait entraîné la mort de plus de 300 personnes en 2009. La cour ne reprochait pas à ces experts de ne pas avoir anticipé le séisme, mais d’en avoir mal communiqué le risque. En particulier, ils n’avaient pas démenti les propos trop rassurants tenus par un responsable de la protection civile quelques jours avant la catastrophe.

Des experts réunis récemment à Berne pour un colloque ont témoigné de leur incompréhension par rapport à ce jugement. Ces scientifiques estiment que leur devoir est d’évaluer le risque, mais pas de le gérer ensuite. La prise de décision doit, selon eux, revenir aux politiciens, seuls capables de mettre en balance leurs informations avec d’autres données, d’ordre économique ou politique.

Mais les rôles peuvent-ils être si clairement définis? Dans le cas de L’Aquila, tout porte à croire que les sismologues ont servi de boucs émissaires. Les scientifiques ne peuvent pas, pour autant, prétendre se détacher totalement des décisions qui découlent de leur expertise. En tant que spécialistes d’un domaine, ils ont bel et bien une responsabilité un peu plus large à assumer, quitte, parfois, à faire entendre des propos qui dérangent. Il leur revient en tout cas de s’assurer que leur discours est assez clair pour être compris par des non-spécialistes, chargés de le traduire – ou pas – en actions.

Pour les politiques, la solution de facilité consiste à se reposer sur les experts. Le faire permet certes de se dédouaner en cas d’erreur. Mais c’est oublier qu’une expertise n’est pas parole d’Evangile. D’abord, parce que l’évaluation d’un risque relève de la probabilité et non de la certitude. Ensuite, parce que chaque expert possède sa propre appréciation d’une situation problématique. A nos dirigeants, donc, d’assumer que leurs décisions reposent sur une part d’incertitude. Et à nous aussi, société, de l’accepter. ö Page 12