Revue de presse

L’empire Disney contre-attaque dans la cour de jeu de Netflix

Avec le rachat d’une grande partie de la Fox, les studios historiques de l’Oncle Walt se placent en position de force sur le marché du divertissement gouverné par la diffusion numérique

Grandes manœuvres sur le front du divertissement. Au moment où la compagnie de l’Onc' Walt essuie les reproches de toute une frange du public cinématographique qui vient de découvrir le huitième épisode, produit par ses soins, d’une saga Star Wars désormais le plus souvent considérée sur le déclin, Disney a donc annoncé jeudi qu’il allait racheter une bonne partie des actifs de la 21st Century Fox, le groupe de médias du magnat australien Rupert Murdoch. Il répond ainsi à l’offensive des géants d’Internet sur les contenus et au bouleversement du paysage audiovisuel aux Etats-Unis.

Lire aussi: Disney reprend des actifs de 21st Century Fox pour plus de 50 milliards

L’accord a été signé ce 14 décembre. Il illustre, selon Courrier international, «les bouleversements» à l’œuvre au sein d’une industrie hollywoodienne «sommée de réagir à la menace» que font peser sur son modèle économique les désormais incontournables plateformes de streaming de géants comme Netflix et Amazon. Coût de l’opération: 52,4 milliards de dollars en actions, auxquels s’ajoutent 14 milliards de dettes. Autrement dit, selon la formule de L’Agefi France: «L’empire Disney contre-attaque.»

Dans la corbeille de cette mariée où il s’agit aussi de damer le pion à la Warner, il y a du beau monde: «Les studios télé et cinéma de la Fox, les chaînes FX et National Geographic, ainsi que plusieurs chaînes étrangères par satellite, dont celles du réseau Star India», mais aussi «les 39% que la Fox détenait dans le groupe européen de télévision Sky, ainsi que ses 30% dans la plateforme de streaming Hulu» (The Handmaid’s Tale, La Servante écarlate), résume le Los Angeles Times.

Un catalogue colossal

La stratégie paraît claire pour une «souris à l’appétit d’ogre», dit Le Point: il s’agit d’«écraser le marché du divertissement», titre Libération, qui n’hésite pas à parler de «mégadeal». Avec une arme de choc: «la constitution d’un catalogue colossal d’œuvres» qui place les studios Disney «en position de force sur le marché de la diffusion numérique». Mais attention tout de même, car «la transaction reste soumise à l’approbation des autorités américaines de la concurrence, ce qui n’est pas une formalité: la fusion annoncée il y a un an entre l’opérateur télécoms AT&T et le groupe de médias Time Warner reste à ce jour bloquée par la justice.»

Mais si cette nouvelle transaction est validée, «elle est de nature à bouleverser le paysage mondial des médias et du divertissement», confirme le quotidien français. CNN la qualifie même de potentiel «séisme» sur le marché d’une industrie «confrontée à la stagnation de ses revenus et à la concurrence accrue des plateformes de streaming». On assiste ainsi à une accélération du «remodelage en cours du paysage audiovisuel». «En clair, écrit LeHuffingtonPost.fr, Disney a désormais tous les outils pour se lancer dans la guerre»: «Battre Netflix à son propre jeu» est devenu son obsession depuis que le marché américain de la télévision payante a bouleversé le paysage.

La manne du câble

Tout cela parce que «si Disney est connu dans le monde entier pour ses dessins animés, le rachat de Pixar en 2005, ou de la franchise Star Wars en 2012, c’est bien la télé par câble qui lui rapporte le plus d’argent». Aussi, malgré le fait que «bien peu s’en doutaient», le premier studio à faire les frais est la 21st Century Fox, commente le Wall Street Journal (WSJ): «Paramount Pictures et Sony Pictures semblaient, sur le papier, des proies plus fragiles.»

Pourtant, la Fox «avait toujours refusé de vendre ses actifs», expliquent Les Echos. «Sa décision a surpris tout le monde, mais plusieurs facteurs peuvent l’expliquer, des problèmes de succession à la recomposition du marché. […] Peu à peu, à coups de rachats, au prix d’une stratégie parfois agressive», Rupert Murdoch avait lui aussi constitué cet empire «comprenant des titres de presse prestigieux, des chaînes de télévision influentes, des studios de production les plus puissants de la planète».

Murdoch ne lâche jamais…

Et puis, surtout, «Murdoch a son âge, 86 ans. […] Cet homme d’affaires légendaire ne lâche jamais vraiment… L’empire Murdoch pourrait s’offrir, en échange de ses actifs, 25% du capital de Disney, selon la chaîne américaine CNBC.» Et son fils, James Murdoch, «actuellement à la tête de la compagnie de cinéma de son père, pourrait succéder à terme au patron de Disney, Bob Iger, qui doit partir en 2019».

Le WSJ décrit ce qui constitue maintenant à ses yeux le scénario le plus probable: «Les studios de production de la Fox vont devenir une sous-entité des studios Walt Disney, à l’instar de Pixar ou Marvel. Cela impliquera la mutualisation de certains services et donc une vague de licenciements du côté de la Fox, mais aussi une diminution des films produits, suivant la tendance du secteur: les six grands studios ont produit 139 films en 2016, contre 189 en 2007, selon les chiffres de la Motion Picture Association of America

Et maintenant, «Avatar», «X-Men»…

«Il semble aussi vraisemblable que la Fox soit incitée à réduire la voilure sur les productions originales qui sont sa marque de fabrique. Car si les studios Disney ont mieux tiré leur épingle du jeu que leurs concurrents ces dernières années, financièrement parlant, c’est en vertu d’une stratégie implacable qui donne la prime aux blockbusters et à l’exploitation de marques déjà établies.» Le WSJ souligne d’ailleurs que la Fox possède deux franchises que Disney devrait s’empresser d’exploiter: Avatar et X-Men.

Dans toute cette affaire, on a tout de même tendance à oublier l’essentiel, que le Financial Times rappelle: «L’accord Disney-Fox va modifier le rapport de force entre les médias traditionnels et les services de streaming […], qui dépendront davantage d’une seule compagnie pour se fournir en programmes de télévision et en films. Car, à elles deux, Disney et la Fox posséderont 19% des programmes télé les plus populaires sur Netflix aux Etats-Unis, s’imposant comme le deuxième plus gros fournisseur en contenus de la plateforme, derrière la chaîne CBS.»

Netflix a déjà perdu Mickey

Enfin, n’oublions pas ceci, que rappelle Courrier international: «Le 8 août dernier, Disney avait déjà annoncé qu’il ne renouvelait pas son contrat avec Netflix. A partir de 2019, la plateforme ne pourra plus diffuser en exclusivité les films, dessins animés et séries télévisées produits par la marque de Mickey Mouse. Tous ces contenus seront à la place proposés sur le service de streaming que Disney entend développer.» La formule pour tuer Netflix? Posée par Variety, «cette question va tenir en haleine l’industrie du divertissement pour un bon moment».

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