La Terre dispose d’une multitude de ressources, mais en quantités limitées et non renouvelables à l’échelle humaine. Or à l’heure actuelle, l’humanité produit et consomme comme si elle disposait d’une planète de réserve. Suivant les régions, les bases naturelles de la vie telles que les sols, les forêts et les nappes phréatiques sont en partie déjà largement surexploitées en raison de l’augmentation constante des besoins en biens et services gourmands en matières premières.

Si l’on considère la capacité écologique de notre planète, nous avons, à l’échelle mondiale, dépassé la charge environnementale admissible au milieu des années 1980. Entre-temps, l’empreinte écologique de l’humanité atteint presque 1,5, dépassant de près de 50% ce que l’environnement peut supporter. L’empreinte écologique de la Suisse est même encore plus élevée. L’économie mondiale ne s’achemine pas vers une «crise de la dette écologique», elle s’y trouve déjà. Clairement identifiables, les symptômes de cette crise sont par exemple les changements climatiques à l’échelle planétaire provoqués par l’augmentation de la quantité des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, la perte de la biodiversité et le recul des sols fertiles.

Notre objectif doit être de ramener d’ici à environ 2050 l’empreinte écologique mondiale à la capacité d’une seule planète, comme ce fut toujours le cas avant 1980. Or depuis, la population mondiale a passé de 4,4 à 7 milliards d’habitants et elle va continuer à s’accroître ces prochaines décennies. La demande en matières premières et en biens de consommation va également aller en s’accroissant, notamment en raison de la croissance rapide de la prospérité dans les grands pays émergents.

Le seul moyen de diminuer la pression sur les ressources naturelles consiste à découpler la croissance économique de la charge environnementale. L’impact sur l’air, le climat, l’eau ou les forêts doit diminuer, tout comme la consommation des ressources non renouvelables comme les énergies fossiles, les matières premières et le sol, et ce même si la population et l’économie continuent de croître.

Le modèle économique actuel ne peut relever ces défis, car il a atteint ses limites. Une économie verte est donc nécessaire, afin que la charge écologique globale de la production et de la consommation nous permette, ainsi qu’aux générations futures, de disposer de ressources naturelles en qualité et en quantité suffisantes. Si nous voulons préserver notre qualité de vie, il est crucial d’accroître l’efficacité des ressources. Cela signifie que nous devons améliorer notre performance économique tout en polluant moins et en utilisant moins de ressources.

Pour cela, il faut que la recherche mette au point de nouvelles technologies et des procédés plus efficaces, que l’économie les intègre dans le développement des produits et les processus de production, et que les consommateurs adoptent ces produits respectueux de l’environnement. La surexploitation s’accélérant, ce tournant en matière d’efficacité devra fournir des résultats concrets d’ici 20 ans au plus tard et doit donc être pris sans plus attendre. Cela suppose un changement rapide de nos modèles de production et de consommation. Ce changement équivaut à une nouvelle révolution industrielle et requiert des objectifs politiques clairs.

Grâce au dynamisme de son économie et à la force de son secteur de la recherche, la Suisse figure parmi les pays industrialisés les plus innovants du monde. Elle est donc bien placée pour participer activement à ce changement structurel de l’économie mondiale. Le développement, la réalisation et la mise sur le marché de technologies respectueuses de l’environnement, de produits préservant les ressources, de prestations énergétiquement efficaces et de formes d’organisation durables permettront à de nouveaux domaines de croissance de voir le jour et, partant, de créer des emplois supplémentaires et de renforcer notre économie.

En octobre 2010, le Conseil fédéral a donné un signal fort en définissant six domaines d’intervention en faveur d’une économie verte. Ces champs d’action vont du Masterplan Cleantech à l’information sur les produits pour encourager une consommation écologique, en passant par un indicateur global du bien-être destiné à compléter le produit intérieur brut par des informations plus appropriées pour mesurer le bien-être de la population. Ces étapes sont importantes pour mettre en place et renforcer les conditions générales d’une économie verte.

Les politiques climatique et énergétique ont permis de définir et d’initier des mesures importantes pour une utilisation efficace des ressources énergétiques. Des efforts comparables sont aussi nécessaires en ce qui concerne l’utilisation des matières premières importantes pour la production industrielle et les substances vitales comme le phosphore, indispensable à l’agriculture mais dont les réserves connues seront épuisées dans quelques décennies. Pour toutes les ressources naturelles, des normes d’efficacité doivent être progressivement adoptées aux niveaux national et international.

En juin prochain, quand les chefs d’Etat et de gouvernement se réuniront à Rio de Janeiro, au Brésil, à l’occasion du sommet des Nations unies sur le développement durable, l’économie verte sera pour la première fois à l’agenda de la politique mondiale. La Conférence Rio + 20 devrait permettre de faire converger les différentes stratégies et initiatives internationales en faveur d’une économie respectueuse de l’environnement. Vu le caractère vital de cet enjeu pour le développement de l’humanité, la Suisse s’est fortement engagée lors des travaux préparatoires en faveur d’une feuille de route de l’économie verte comportant une vision claire ainsi que des buts concrets, des principes et des instruments pour sa mise en œuvre. Reste à espérer que cette idée, qui a déjà suscité un large intérêt, permette à la communauté internationale de faire un pas décisif sur le chemin exigeant vers une économie verte.

Nous devons améliorer notre performance économique tout en polluant moins et en utilisant moins de ressources

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