Nul ne peut prédire l’issue de la confrontation en cours dans les rues du Caire entre les anti-Moubarak et les tenants de l’ordre actuel.

Mais il est d’ores et déjà certain que l’issue de ce bras de fer entre un autocrate, son armée et des manifestants aspirant à la liberté et à un Etat de droit aura un impact déterminant sur l’ensemble du monde arabe et, au-delà, dans tous les espaces où règne encore l’arbitraire de pouvoirs dictatoriaux. Une transition réussie vers un régime représentatif respectueux des minorités et des libertés ouvrirait des perspectives nouvelles à de nombreux peuples que l’on pensait soumis. Un blocage ou une répression sanglante conforteraient sans doute les régimes policiers – à l’image de Pékin qui avait choisi en 1989 de lancer son armée contre le peuple.

Une ouverture politique du monde arabe ne sera pas sans risques. Parmi ceux-ci, le fondamentalisme islamique, et sa contagion, n’est pas un fantasme. Mais il est une autre réalité intangible: les dictatures nourrissent les extrémismes bien plus sûrement que les démocraties.

Les valeurs que défendent les manifestants égyptiens sont universelles – et non pas occidentales comme certains tentent de le faire croire. Il n’y a pas d’exception culturelle arabe, africaine ou asiatique lorsque l’on parle de justice. Et il est dans l’intérêt des démocraties de soutenir ce mouvement. Comment dès lors comprendre l’attitude timorée des Européens et les hésitations des Etats-Unis pour affirmer leur soutien à des valeurs – que l’on croyait en perte de vitesse face aux modèles autoritaires – dont ils connaissent pourtant le prix.

Le souci de ne pas s’immiscer – comme au temps des colonies – dans les affaires intérieures d’un pays jusque-là allié est légitime. La crainte d’une redistribution des cartes qui mettrait à mal un ordre géopolitique qui assure notre approvisionnement énergétique n’est pas à prendre à la légère. Mais ce n’est pas faire preuve d’angélisme que de penser que des peuples libres sont plus efficaces à gérer les rapports humains et les relations entre Etats que des peuples frustrés de leurs droits.

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