éditorial

L’enjeu national de la formation

En publiant leur livre blanc sur l’éducation, les Académies suisses des sciences osent quelques audaces parfois maladroites. Mais elles ont le mérite de replacer les questions de formation au centre du débat.

Jusqu’ici discrètes, les Académies suisses des sciences se jettent dans la mêlée politique. En publiant un livre blanc sur l’éducation à l’horizon 2030, les scientifiques veulent remettre l’école, et les universités, au cœur d’un débat national. Ce dont elles sont, en effet, souvent privées – hormis quelques flambées avant les élections.

Pour se faire entendre, les académiciens choisissent une stratégie aigre-douce. Leur propos paraît d’abord général, voire éthéré. Ils insistent sur l’importance des savoirs scientifiques, tout en soulignant leur désir d’une formation citoyenne. Puis, par quelques échappées, ils s’enhardissent. Il faut, lancent-ils, en finir avec le fédéralisme scolaire, créer un département fédéral ad hoc, centraliser le pilotage, viser près de 70% de jeunes diplômés des hautes écoles…

Les Académies procèdent sans doute autant par tactique que par conviction. Au pays des référendums, l’idée d’arracher des compétences scolaires aux cantons semble être promise à une durée de vie plutôt courte. Et il y a, chez ces professeurs, une fétichisation de l’université et des diplômes supérieurs que l’on peut discuter. A ce stade, rien ne démontre un essoufflement du ­système dual, avec l’apprentissage, lequel a justement été revigoré par l’introduction des hautes écoles spécialisées.

Il n’empêche. Alors que les milieux académiques s’illustrent souvent par leur silence public, voir à présent les Académies prendre position est réjouissant. Il s’agit bien sûr d’un plaidoyer pro domo, mais qui a le mérite de souligner des failles actuelles. Par exemple, les inégalités sociales face à la formation supérieure, voire déjà au seuil du gymnase. La difficulté à mener une réforme telle qu’HarmoS, pourtant négociée à la virgule près entre cantons. Ou la baisse des vocations dans les sciences naturelles, ainsi que le statut de la culture scientifique et technique dans le bagage de l’écolier.

Surtout, les experts rappellent qu’il ne suffit pas de se gargariser des bons classements helvétiques dans l’éducation supérieure et la recherche. La concurrence s’accroît, et la Suisse fait semblant d’ignorer qu’elle doit une bonne part de son succès à des talents étrangers, un filon qui finira par se réduire. Il est ainsi de nombreuses questions que la Suisse politique ne peut plus se permettre de n’évoquer qu’en période électorale, pour mieux les oublier ensuite.

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