Guerre et union sacrée. Dans la bouche d'Emmanuel Macron, ces deux mots ont pris, lundi soir, un tout autre sens. Depuis son élection en mai 2017, le plus jeune président de la Vème République a imposé un agenda réformateur qui divise la société française et qui a engendré de douloureuses luttes et fractures internes. Revenir à ce vocabulaire martial pour inciter ses concitoyens à combattre ensemble l'épidémie de coronavirus-Covid 19 est donc un risque pour ce chef de l'Etat souvent accusé de diviser. Et ce, malgré sa réaffirmation, en parallèle, du mot «solidarité».

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Les défauts de la riposte française

L'enjeu de cette deuxième intervention présidentielle, après celle du jeudi 12 mars, était d'abord de mettre fin au flou de plus en plus dangereux sur la bonne attitude sociale à adopter. L'appel à en finir avec les déplacements non essentiels et toute forme de sociabilité a, de ce point de vue, clarifié un point qui aurait sans doute pu l'être avant. Emmanuel Macron, en somme, s'est retrouvé dans l'obligation de corriger le tir après sa décision probablement malheureuse de maintenir le premier tour des élections municipales. Ne l'oublions pas: son vocabulaire martial, mais aussi son insistance à répéter qu'aucune exception ne sera tolérée, sont la conséquence directe de cette faute et de ce contretemps. Maintenir le scrutin local à deux tours, dont l'exemple de l'Italie assiégée par le coronavirus montrait depuis deux semaines qu'il ne serait pas tenable, fut une erreur politique qui s'est peut-être chiffrée en centaines de contaminations. D'où peut-être le choix, contestable au regard du code électoral, d'avaliser les maires élus au premier tour. Histoire de donner satisfaction aux forces politiques qui en ont profité. 

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Au final, ces deux discours télévisés, à moins d'une semaine d'intervalle, ont à la fois confirmé une crainte et un espoir. La crainte porte sur le retard qu'ont encore aujourd'hui sur la réalité les dirigeants politiques de nos démocraties, y compris les plus jeunes comme Emmanuel Macron, lorsque survient un séisme multi-dimensionnel comme l'est cette pandémie. Le régime totalitaire chinois ne tire pas pour rien une grande fierté de la rapidité de sa réponse, illustrée par la construction immédiate d'une immense hôpital à Wuhan. La France, comme la plupart des pays européens, dont la Suisse, a trop cru dans sa capacité à échapper à ce tsunami viral qu'est le Covid 19. Emmanuel Macron devra, de ce point de vue, veiller à ce que toute la lumière soit faite, après, sur les défauts de la riposte française pour dissiper l'impression tenace d'un système de santé mal préparé à un tel choc.

L'ennemi commun, un carburant miraculeux

L'espoir est celui du choc salutaire que peut provoquer dans cette république abimée la reconnaissance d'un ennemi commun, tant cette appellation convient bien au coronavirus. Les Français, on le sait, ont malheureusement souvent besoin de crises pour se retrouver et surmonter leurs passionnelles fractures. Se retrouver unis face à l'ennemi a, dans leur histoire, souvent été un carburant miraculeux. Or la médecine et la science, deux disciplines dans lesquelles ils excellent, peuvent offrir l'horizon indispensable à un tel dépassement et à la renaissance d'une vision collective de plus en plus difficile à obtenir.

Emmanuel Macron, homme de rupture et produit de ce monde politique en crise, mise sur cette énergie positive dont il espère, évidemment, engranger un jour les fruits politiques. Il sait que le «trop peu, trop tard» pourra demain lui être reproché. Mais en lançant un appel vibrant à ses concitoyens, ce président accusé d'être «hors sol» et trop loin du pays réel joue la meilleure carte qu'il pouvait abattre avant de passer, peut-être, à des mesures plus coercitives: celle de la confiance nationale. Cette confiance dont la France a, sur tous les plans, besoin pour se réinventer et tenir bon face aux défis de la mondialisation.