Revue de presse

L’enregistrement qui accable encore un peu plus Benalla et le «patron»

Le site d’information Mediapart a dévoilé ce jeudi plusieurs enregistrements audio où l’ex-collaborateur du chef de l’Etat français semble avoir obtenu le soutien de l’Elysée. Il aurait aussi eu de douteuses accointances avec un oligarque russe

Coucou, qui revoilà? Après les difficultés de la fin de 2018 et de ce début de nouvelle année aux couleurs dévoyées du citron, de l’or et des blés mûrs, Emmanuel Macron espérait sans doute une certaine accalmie et voir les fluorescences regagner leur place sur les sièges des automobiles. Mais c’était compter sans le énième retour sur le devant de la scène d’une vieille connaissance: Alexandre Benalla. Le site Mediapart a publié ce jeudi des extraits d’un enregistrement qui révèle que l’ex-collaborateur du chef de l’Etat français était impliqué dans un contrat de sécurité avec un oligarque russe, alors qu’il travaillait encore à l’Elysée.

On trouve ici les 41 articles du «Temps» sur l’affaire Benalla

Autant donc dire que les médias de l’Hexagone sont donc à nouveau déchaînés et qu’ils peuvent tourner le dos aux ronds-points pendant quelque temps. Car cette conversation enregistrée le 26 juillet 2018 entre Vincent Crase, l’ex-employé de La République en marche et gendarme réserviste, et Alexandre Benalla évoque le soutien du «patron». Diable! Est-on à Palerme? Les deux hommes n’avaient bien sûr pas le droit de se parler, puisqu’ils avaient tous deux été mis en examen pour des violences sur des manifestants le 1er mai 2018. Cette discussion constitue donc une violation de leur contrôle judiciaire.

«Tu vas les bouffer»

Dans l’enregistrement, dont Mediapart ne dit pas dans quelles conditions il a été réalisé, Alexandre Benalla se targue du soutien du président de la République, alors que l’affaire qui porte son nom crée des remous jusqu’au sommet de l’Etat: «Truc de dingue, le «patron», hier soir, il m’envoie un message, il me dit: «Tu vas les bouffer. Tu es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi.» Mediapart affirme que l’Elysée a démenti l’existence de ce message lorsque le site l’a sollicité. Mais «entre discussion de barbouzes et rigolade entre copains, la conversation est gratinée pour le président de la République», commente le HuffingtonPost. fr:

Mediapart révèle aussi dans son long article qu’Alexandre Benalla, alors encore employé par la présidence, a été impliqué directement dans un contrat de sécurité signé par Vincent Crase avec Iskander Makhmudov, un oligarque russe «proche de Vladimir Poutine» et «soupçonné par plusieurs magistrats européens d’accointances avec un des pires groupes criminels moscovites». A ce stade, plusieurs observateurs pensent désormais que l’on a atteint le palier grinçant de l’affaire d’Etat. Comme l’écrit La Libre Belgique, c’est «autant de cailloux dans la chaussure d’Emmanuel Macron». Ce qui ulcère les représentants de son opposition:

D’ailleurs, la société de sécurité privée dont Vincent Crase est le seul actionnaire, Mars, intéresse aussi les enquêteurs. On passe sur les détails croustillants, les compromissions et les magouilles, mais selon Benalla, manifestement bien informé, elle était visée par une discrète enquête de la brigade financière à laquelle elle s’est empressée d’échapper. Car quelques semaines plus tôt, le 28 juin, Mars aurait reçu un étrange virement correspondant à l’équivalent de 325 000 francs qui a mis en alerte Tracfin, le service antiblanchiment de Bercy.

Conclusion: Alexandre Benalla a menti devant les sénateurs lors de son audition le 21 janvier dernier. Les médias parlent de nouveau «bras d’honneur à la justice», pour avoir «omis» de mentionner son business avec un milliardaire russe proche du Kremlin alors qu’il avait toujours un bureau à l’Elysée. Oui, et alors? semblent maintenant se demander nos voisins las de cette affaire. Car cela en deviendrait presque banal à force de «nouvelles révélations», vécues par les premiers cercles de la macronie et une bonne partie des Français comme une simple péripétie de plus, perpétrée par «des gamins sans limites, animés par un sentiment de surpuissance», dit le sénateur LR François Grosdidier à Franceinfo.

«Il y aura sans doute d’autres révélations»

Mais toute la question est tout de même de savoir maintenant si Alexandre Benalla, «rattrapé par la bande», comme l’écrit Libération, ne devrait pas se retrouver illico devant ses juges pour être sanctionné du non-respect des contraintes judiciaires qui lui étaient imposées, sans attendre le jugement au fond, conformément à la loi française. On parle ici d’une chose grave: de parjure devant la commission d’enquête du Sénat.

Sur la chaîne de TV Public Sénat, justement, François-Noël Buffet, sénateur (LR) du Rhône et membre de la commission d’enquête, dit qu’il trouve cela «pitoyable» mais qu’il n’en est en même temps «pas surpris»: «M. Benalla et l’entourage général ne cessent de mentir, de cacher la vérité […]. Je pense que nous ne sommes pas au bout du système et qu’il y aura sans doute d’autres révélations […]. Ce qu’il apparaît, c’est qu’on ne peut pas lui faire confiance. A aucun moment. Ce qui jette le doute, évidemment, sur l’ensemble de ces déclarations et sur l’ensemble de la situation. Donc, il y a un moment où il va peut-être falloir passer à la vitesse supérieure.»

Et pendant ce temps-là, Le Point propose aussi une exclusivité sur «la nouvelle vie» de l’ancien et «extravagant» cerbère d’Emmanuel Macron: «J’ai réalisé un rêve de gosse et ça s’arrête, dit-il. Voilà… Si demain il faut devenir maçon ou vendre des pizzas, je le ferai!» L’homme en face de nous, en t-shirt et doudoune sans manches, est affable, souriant, volubile. […] Alexandre Benalla donne l’impression que tout glisse sur lui. C’est en tout cas ce qu’il veut laisser paraître. C’est aussi pour cela qu’il agace.»


Retrouvez toutes nos revues de presse ici

Publicité