Education

L'Enseignement gratuit? Il y a plus efficace

Charles Wyplosz analyse le casse-tête du coût des études et plaide pour une solution qui va surprendre

La question des frais de scolarité à l’université suscite une vigoureuse controverse. L’idée de faire payer des droits élevés est aisément choquante. Demander une même somme élevée à un étudiant quels que soient les revenus de sa famille a toutes les allures d’une injustice. Pire même, des frais élevés peuvent écarter ceux qui n’en ont pas les moyens et ainsi perpétuer les injustices de génération en génération. La sélection par l’argent est parfaitement répugnante et doit être combattue sans la moindre hésitation.

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Tout ceci est exact, mais parfaitement superficiel. L’enseignement coûte cher. Quelqu’un doit donc payer. La réponse habituelle, est que c’est à cela que doivent servir les impôts. Mais qui paye les impôts? Tout le monde. Qui va à l’Université? Environ un tiers d’une classe d’âge, dont une majorité d’enfants issus des milieux favorisés. Cela signifie que les familles les moins riches subventionnent les études universitaires des enfants en majorité issus des familles les plus riches. C’est exactement l’inverse de ce qui est souhaitable.

Les riches qui subventionnent les pauvres

On peut faire beaucoup mieux. Si les frais de scolarité sont suffisamment élevés pour couvrir plus que les coûts de la formation, l’institution universitaire va faire des profits, ce qui n’est pas son objectif. Elle peut alors utiliser ces profits pour offrir des bourses aux étudiants qui viennent de milieux défavorisés. Idéalement, si l’on peut leur fournir des bourses qui couvrent exactement les frais de scolarité, on arrive au résultat suivant: les familles riches paient cher pour les études de leurs enfants et les familles pauvres ne paient rien du tout. Autrement dit, ce sont les riches qui subventionnent les pauvres.

Ça, c’est l’idéal. En pratique, c’est plus compliqué. Il faudrait tracer une ligne qui partage la population en deux. Un franc de revenu de plus, et la famille est cataloguée riche et paye pour celle qui gagne un tout petit peu moins. De plus, rien ne garantit que les profits suffiront pour offrir des bourses à tous ceux qui sont classés pauvres. Il faut donc que la ligne de démarcation soit épaisse. Il y aura ceux qui payent tout, ceux qui ne payent rien, et au milieu ceux qui bénéficient d’une bourse partielle.

Système de prêts à long terme

Le problème est au milieu. Si les classes moyennes, qui sont la majorité, participent au subventionnement des plus pauvres, elles ne vont pas trop aimer, surtout si les frais deviennent un véritable barrage. A cela il y a une réponse et une solution. La réponse c’est qu’avec le système actuel elles payent déjà les impôts qui financent – entre autres – l’enseignement supérieur. Si l’enseignement supérieur s’autofinance, on réduit leurs impôts et elles devraient s’y retrouver. Mais il faut aussi garantir l’essentiel, que les frais n’empêchent jamais personne d’aller à l’université. La solution est un système de prêts à long terme (dix ans ou plus).

Les prêts peuvent apparaître comme une punition pour les étudiants qui n’ont la chance ni de venir de familles aisées, ni de recevoir une bourse pleine. Mais ils ont une justification majeure, qui plaide pour que tous les étudiants puissent y avoir accès. Les études supérieures sont, en principe, une formation professionnelle qui va permettre aux étudiants d’obtenir des emplois intéressants et rémunérateurs. C’est un investissement très profitable.

Emprunter pour investir dans son avenir personnel a beaucoup d’avantages. Cela fait réfléchir aux études que l’on entreprend et où on les fait. Cela transforme les étudiants en clients des universités. Dès lors, ils sont motivés pour en tirer le meilleur parti possible et pour exiger une formation de qualité. À eux de mettre en concurrence les universités et les filières. La qualité de l’offre sera rapidement et massivement améliorée.

Tout ceci est plus juste et plus efficace qu’un enseignement gratuit. Pas étonnant que de plus en plus de pays évoluent dans cette direction. C’est l’avenir de l’enseignement supérieur.

Clarification indispensable: mon institut, IHEID, pratique des frais de scolarité de CHF 5’000 pour les résidents et de CHF 8’000 pour les non-résidents.

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