Éditorial

Le lent réveil de l’Amérique

ÉDITORIAL. Les démocrates vont faire office de contre-pouvoir, sans pour autant bloquer Donald Trump. Ils doivent d’abord dépasser leurs divisions internes. Et trouver un nouveau leader…

La victoire partielle des démocrates aux élections de mi-mandat américaines, les «midterms», peut s’apparenter à un coup de semonce pour Donald Trump. Le signe que sa rhétorique de division, son manque de respect envers les minorités, ses attaques violentes contre les médias qu’il qualifie d'«ennemis du peuple», ainsi que sa tendance à réagir de façon épidermique et imprévisible sur des dossiers majeurs ont des limites.

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Ce style, plébiscité par une solide frange d’une Amérique désécurisée, l’a fait élire en 2016. Avec les «midterms», Donald Trump a pu s’adonner à un nouveau test de popularité. Sa base électorale ne s’érode pas, les républicains ont même pu gagner des sièges au Sénat, mais il doit désormais compter sur une opposition à la Chambre des représentants tombée en mains démocrates, et n’aura plus les coudées franches.

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Bousculer, mais pas bloquer

Il ne faut toutefois pas surestimer ce succès démocrate. Premièrement, les élections de mi-mandat se muent généralement en vote sanction pour le président au pouvoir. Son parti perd en moyenne une trentaine de sièges. Ensuite, les démocrates seront désormais à même de déclencher des commissions d’enquête parlementaires, d’influencer l’agenda du président, et ils pourraient décider de lancer une procédure de destitution. Mais les chances d’aboutissement d’un impeachment restent maigres: le Sénat devra trancher par 60% des voix, or il est à majorité républicaine.

A peine la page des «midterms» tournée, c’est déjà celle de la course à la présidentielle de 2020 qui s’ouvre

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Le nouveau contre-pouvoir des démocrates reste donc relatif. Ils pourront freiner Trump, le bousculer, mais pas le bloquer. La leçon qu’il faut tirer de ces élections est surtout que les démocrates, en mal de leadership – ils doivent encore compter sur Barack Obama comme locomotive –, sont encore capables de mobiliser et de susciter des vocations, motivés par le besoin d’empêcher Donald Trump de nuire. Un échec à la Chambre des représentants aurait constitué un grave revers pour le parti et aurait été de très mauvais augure pour 2020. Car dans les faits, à peine la page des «midterms» tournée, c’est bien déjà celle de la course à la présidentielle de 2020 qui s’ouvre.

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Aujourd’hui, les démocrates peuvent savourer une petite revanche sur 2016. Surtout, ils ont réussi à imposer des femmes, des jeunes et des représentants de minorités – deux musulmanes et deux Amérindiennes font par exemple pour la première fois leur entrée au Congrès. Un renouveau qui rend hommage à la diversité de l’Amérique, et fait oublier la rhétorique de haine brandie comme un épouvantail pendant ces derniers jours de campagne. Encore faut-il que les démocrates parviennent à dépasser leurs divisions internes et à s’entendre sur une stratégie pour aborder sereinement les prochaines présidentielles. Car s’opposer à Donald Trump ne constitue pas un programme politique en soi.

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