Nouvelles frontières

La lente marche du rattrapage chinois

Nouvel avion, nouveau porte-avions, nouvelle ligne de chemin de fer. Pékin multiplie les premières industrielles. Mais la Chine va-t-elle innover?

2017 est une année de congrès pour le Parti communiste chinois. Xi Jinping, son secrétaire général, qui sera reconduit pour un deuxième quinquennat en octobre prochain, doit faire la démonstration que le «rêve chinois» de restauration de la grandeur passée est en bonne voie. Ces derniers jours, Pékin a ainsi multiplié les «premières» industrielles.

Vendredi, le C919, un avion moyen-courrier, effectuait son premier vol d’essai à Shanghai. Son objectif affiché: briser le duopole Boeing-Airbus en commençant par s’imposer sur le marché intérieur. Son constructeur, la Comac, une entreprise d’Etat, annonce déjà près de 600 commandes, dont plus de 90% en Chine.

Un train de Londres à Yiwu

Il y a dix jours, Pékin présentait son premier porte-avions entièrement «made in China», nommé Shandong, du nom d’une province de l’est du pays. La Chine avait déjà récupéré, il y a bientôt vingt ans, un porte-avions de la marine ukrainienne qui est toujours en phase de rodage. Mais l’Armée populaire de libération compte bien produire dans les années à venir des porte-avions en série afin de rivaliser avec les Etats-Unis pour la domination des mers.

Il y a quelques jours, c’était le premier train direct entre Londres et la Chine qui était accueilli en grande pompe après un périple de 12 000 kilomètres à Yiwu, une ville aux allures de supermarché de la mondialisation. Une façon d’illustrer le rétablissement de la Route de la soie, du nom des anciennes voies commerciales entre l’empire chinois et l’Ouest, un terme qui désigne désormais un vaste programme de développement des infrastructures entre la Chine et l’Occident.

Ensemble de pièces rapportées

Ces trois événements soulignent les nouvelles capacités industrielles de la Chine. Mais aussi ses limites. Car le C919, le Shandong et la ligne Londres-Yiwu ont en réalité surtout une valeur symbolique à ce stade. L’avionneur chinois a produit un appareil qui est un ensemble de pièces rapportées des grands groupes étrangers, à commencer par Airbus, qui a plusieurs entreprises en Chine.

Dans tous ces domaines – aviation, marine, rail – la Chine en reste au stade de la copie

Il en va de même pour le porte-avions, qui est un clone des navires remontant à l’ère soviétique. Sans propulsion nucléaire, il est loin de pouvoir se mesurer avec la dernière génération de porte-avions américains alors que Donald Trump promet de relancer la construction de plusieurs navires ces prochaines années. Quant à la ligne de chemin de fer, elle existait déjà il y a un siècle, du moins jusqu’à Pékin.

Dans tous ces domaines – aviation, marine, rail – la Chine en reste au stade de la copie, donc du rattrapage. S’il est lent, celui-ci n’en demeure pas moins spectaculaire par son ampleur, en particulier pour les chemins de fer, domaine dans lequel la Chine est devenue un champion international après avoir construit des dizaines de milliers de kilomètres de voies à grande vitesse sur son territoire. Ce sont désormais l’Asie, l’Afrique et bientôt peut-être les Etats-Unis qui s’appuient sur son savoir-faire très concurrentiel.

Voiture électrique et énergie renouvelable

Il est d’autres secteurs où la Chine pourrait rapidement se montrer non seulement dominante mais aussi innovante. Pékin mise ainsi sur la voiture électrique et il ne serait pas étonnant qu’un champion national puisse à terme s’imposer hors de ses frontières. La Chine met en place les infrastructures nécessaires pour l’avènement des véhicules à moteur électrique.

Il en va de même pour le photovoltaïque. Là aussi, les choses vont très vite sous l’impulsion d’un Etat central qui en a fait une priorité stratégique dans le cadre de sa lutte contre le réchauffement climatique. La production d’électricité d’origine solaire a ainsi augmenté de 80% au premier trimestre en comparaison annuelle, annonçait l’agence Chine nouvelle en début de semaine. En 2020, 27% de l’énergie produite en Chine proviendra du renouvelable.

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