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Leo de Montréal

La métropole québécoise est majoritairement francophone. Mais c’est là qu’est né un des plus grands chanteurs-poètes de l’histoire de la musique anglo-saxonne: Leonard Cohen

Il est là, immense, avec sa main sur le cœur comme lorsqu’il chantait Hallelujah, son emblématique trilby en feutre sur la tête, regard à la fois mystérieux et charmeur. Au centre-ville de Montréal, une gigantesque fresque murale célèbre Leonard Cohen, poète et chanteur né en 1934 dans une enclave anglophone de la plus grande ville québécoise. Elle a été inaugurée en novembre 2017, à l’occasion du premier anniversaire de sa disparition, et fait depuis partie des emblèmes de la métropole, au même titre que la basilique Notre-Dame, l’ensemble locatif Habitat 67, fascinant immeuble tout en cubes conçu par Moshe Safdie, ou encore le Centre Bell, l’antre des mythiques Canadiens, franchise de hockey qui rêve désespérément de cette Coupe Stanley qui lui échappe depuis plus de vingt-cinq ans.

A la faveur d’un voyage de presse dans la Belle Province, j’ai passé une petite journée à Montréal. Alors que la ville s’apprêtait à vivre sa plus grande tempête de neige de l’hiver, j’ai juste eu le temps d’appréhender son charme, lié à un héritage européen encore bien visible. Montréal, comme Québec à quelque 250 kilomètres, a été fondée par des colons français au XVIIe siècle, avant de passer en mains britanniques une centaine d’années plus tard. Son architecture s’en ressent forcément: à l’élégante rigueur des édifices d’esprit anglais répondent de plus irrégulières constructions d’inspirations bretonne et normande.

«Je suis né du mauvais côté de la langue»

Si celles-là sont principalement visibles dans la partie basse de la ville, sur les rives du Saint-Laurent où les premières familles françaises se sont installées, la banlieue huppée de Westmount, accrochée à l’un des versants du mont Royal, qui culmine à 234 mètres mais que les Montréalais appellent «la montagne» (ne leur dites pas qu’il s’agit d’une modeste colline), pourrait être un quartier londonien. C’est là que Leonard Cohen a grandi.

«Je suis né du mauvais côté de la langue», a un jour glissé le barde à un estimé collègue, s’excusant de ne pas mieux maîtriser ce français qu’il chante pourtant si bien dans quelques couplets de la déchirante balade The Partisan, adaptation d’un morceau traditionnel anglais célébrant la Résistance française. «J’ai perdu femme et enfants, mais j’ai tant d’amis, j’ai la France entière», y susurre-t-il. Ce morceau, qui parle de fraternité et qui dénonce la barbarie, résume bien la première impression que laisse Montréal. Celle d’une ville multiculturelle largement dominée par les francophones, mais où semble régner une belle harmonie entre les nombreuses communautés qui y vivent. Je n’y ai passé qu’une petite journée, mais je m’y suis senti bien, l’âme réchauffée par ce Cohen immense me toisant la main sur le cœur.


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