Éditorial

L’épidémie de «fake news» n’est pas une fatalité

La rumeur et les mensonges ont de tout temps accompagné le débat public. Légiférer davantage, comme le souhaite Emmanuel Macron, est peut-être une option. Mais le devoir des Etats démocratiques est surtout d’assister ceux qui – enseignants, journalistes et activistes – s’emploient à combattre l’épidémie de fausses nouvelles

Il va de soi que les fausses nouvelles propagées sur Internet ne sont pas un problème propre à la France. En défendant, lors de ses vœux à la presse, l’élaboration d’un futur projet de loi pour les combattre en période électorale, Emmanuel Macron n’a d’ailleurs fait que suivre le gouvernement allemand, premier à adopter en 2017 de lourdes sanctions financières contre les plateformes numériques en cas de diffusion de contenus «jugés haineux ou visant à désinformer». On sait aussi que la Commission européenne devrait rendre public, au printemps, un projet de directive sur le sujet.

Le président français a toutefois eu le mérite de lier sa proposition à ses interrogations sur l’avenir des démocraties, et l’habileté de le faire au bon endroit. C’est devant un parterre de journalistes qu’il a ouvert ce débat, nécessairement contradictoire. C’est à la presse qu’il s’est adressé, manière d’encourager, sur ce sujet dont dépend l’avenir de nos démocraties, un partenariat entre les Etats et le «quatrième pouvoir».

Le couvercle du politiquement correct

Alors que les Etats-Unis voient, avec Donald Trump, se creuser le fossé entre un exécutif tenté par le populisme numérique et une partie de la presse résolue à lutter contre ces dérives, Emmanuel Macron a ouvert une porte. Autour d’une question: à l’heure de l’Internet roi et de la remise en cause des frontières linguistiques, technologiques et territoriales, médias et politiques doivent-ils – peuvent-ils? – redéfinir des limites à la liberté d’expression?

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La question est évidemment teintée d’opportunisme de la part d’un chef d’Etat quadragénaire, qui baigne depuis toujours dans le numérique. Elle ne doit surtout pas servir à refermer le couvercle du politiquement correct, car le remède serait alors pire que le mal. Le réalisme impose d’accepter, dans nos démocraties, les débats passionnés, les exagérations, les caricatures et les attaques, même démagogiques. Le bon vieux réflexe français qui, immédiatement, fait recourir à la loi doit aussi être tempéré. Gare, donc, à ne pas tout confondre. Ou à trop interdire.

La bonne question posée par Emmanuel Macron l’a été à ses pairs: comment consolider la démocratie face aux mauvais vents numériques? Outre les journalistes, cette interrogation concerne les enseignants, les activistes, les fonctionnaires et bien sûr les politiques. Elle doit aussi conduire les Etats à responsabiliser davantage les industriels et les plateformes de diffusion. La loi n’est qu’un moyen, discutable selon les pays. La mobilisation, la prise de conscience, l’aide à la réflexion sur d’éventuelles formes nouvelles de contrôle, de sanction ou de recours sont en revanche des impératifs. Pour que l’épidémie de fake news ne soit pas une fatalité.

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