Cet été, notre chroniqueuse part à la rencontre de ces Romands et Romandes fans d'artistes d'un autre temps. Une adoration anachronique aussi surprenante que révélatrice de tranches de vie.

Episode précédent:

La mémoire incandescente d’Elvis Presley

Les enfants des années 1990 ont été biberonnés au Nesquik, aux comptines d’Henri Dès… et aux séries policières. Les pipettes des Experts, les magouilles militaires de NCIS et plus tard, les noirceurs danoises. Mais ces enquêteurs modernes font pâle figure à côté d’un bon vieux lieutenant en cravate et imper beige: Columbo.

C’est en tout cas l’avis de Léo Burgy. Ce jeune bioinformaticien nous a donné rendez-vous dans un café neuchâtelois pour nous parler de son feuilleton fétiche, lancé en 1968, vingt-cinq ans avant sa naissance. Ce qui avait été conçu comme un épisode unique pour une émission de la NBC s’est mué en une série mythique qui connaîtra, jusqu’en 2003, 69 épisodes. Mais un seul visage: celui, sourcils broussailleux et (faussement) perplexes, de l’acteur Peter Falk. «Là est tout le jeu, explique Léo. Les gens prennent Columbo pour un idiot alors qu’il pose des questions simples, mais essentielles. Il se moque du regard des autres et sait qu’il va y arriver. C’est en quelque sorte mon modèle.»

Autre particularité, le coupable est identifié dès la première scène. L’enjeu consiste à découvrir comment ce dernier se fera coincer. On est loin du suspense frénétique à la Netflix… et justement, cette structure lente, didactique, Léo la trouve réconfortante. Certitude ancrée dans son quotidien parfois décousu. De même, le scientifique affectionne le comique de situation «un peu ronronnant», cette manie qu’a Columbo d’évoquer sa femme ou de poser une «toute dernière question», celle qui résoudra l’affaire. Il jubile quand ce bougre, dans sa vieille Peugeot 403, finit par berner les nantis de L.A.

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Dix ans après la mort de Peter Falk, Léo le guette en streaming ou en replay, a visionné dix à vingt fois chaque épisode qu’il déguste «comme de bons vins». Les séries à la mode? Très peu pour lui. Seuls les films feutrés de Woody Allen ont grâce à ses yeux. Une «dernière question»: quid d’un remake? Frissons d’horreur. Columbo est un fin limier auquel il ne faut pas toucher…

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