L’annonce d’une relative libé­ration des données publiques produites par les administrations (Open Data) a suscité un certain enthousiasme (lire l’éditorial du Temps du 17.03.2013), comme à l’aube d’une démocratie nouvelle.

Certes, l’accès aux données ­publiques permettra aux journalistes de disposer d’une source d’informations très variées et potentiellement très intéressantes, pour autant que la standardisation ou le formatage de ces informations ne masquent pas cette richesse, et pour autant que lesdits journalistes s’engagent dans un vrai travail de décryptage et de mise en perspective. A ces conditions, cette source d’informations est donc potentiellement intéressante pour le débat démocratique.

Toutefois, n’est-il pas réducteur de croire que la seule ouverture de l’accès à ces données soit en mesure de restaurer la vivacité du ­débat démocratique et, ce faisant, les liens des citoyens à la chose publique? Le citoyen est un consommateur de médias, bombardé de stimulations les plus diverses, faisant face à une pléthore d’informations de toute nature et de tout statut, en continu. Cela ne forme pas pour autant des citoyens engagés et informés du débat démocratique.

L’espoir que la société civile vienne à la rescousse du débat démocratique en exploitant les données publiques dorénavant dis­ponibles paraît bien mince. En effet, la société civile organisée, c’est-à-dire les lobbys et associations les plus divers qui gravitent autour de la sphère politique et des administrations, entretient de telles relations de proximité qu’on a souvent l’impression d’un entre-soi bien confortable. Leur indépendance et leur libre arbitre semblent souvent bornés par les nombreux retours d’ascenseur que ces acteurs doivent aux plus habiles politiciens. L’Open Data ne présente alors qu’un espace supplémentaire de négociation souterraine qui ne rend pas le débat démocratique plus transparent et plus lisible pour autant.

Alors, la nouvelle démocratie devra-t-elle être dissoute, comme le promet Jacques Atali dans une récente tribune au titre prophétique: «Faut-il renoncer à la démocratie?» (L’Express du 25.03.2013). Cette pente glissante pour la démocratie, qui justifie un nouvel autoritarisme et conduit aussi au primat des populismes, peut sans doute être contrecarrée. Pour cela, il convient de voir le populisme non seulement comme la défiance du peuple à l’égard des élites, mais également sous un jour réciproque et dialectique; la peur des élites à l’égard du peuple. Dépasser cette peur par un dialogue et un échange plus direct, inter­actif et réellement participatif, me semble une voie plus prometteuse au renouvellement démocratique que la simple mise à disposition d’un corpus d’informations, fussent-elles «open».

Directeur d’Agorapublica (http://agorapublica.com)