Digitale attitude

A l'ère du numérique, les fautes d’orthographe ont-elles encore de l’importance?

Intellectuels et puristes sont intraitables et répondent oui. Mais un courageux journaliste du «New York Times» fait front. Pour lui, le contenu importe plus que la forme: la preuve par les tweets de Donald Trump

A l’ère de Twitter et des messages rédigés à la volée, devons-nous encore accorder du poids aux fautes de français? Oui, selon les puristes qui n’acceptent pas le moindre changement d’attitude à l’égard de l’écriture. Oui pour ceux qui sont indignés de se trouver nez à nez avec une faute de frappe. Oui, selon le linguiste Alain Rey, pour qui «l’orthographe est un marqueur social».

Pensée spontanée n’égale pas syntaxe

Pourtant, répondre à un message ou partager une idée sur Twitter en étant obligé de taper lettre par lettre sur un minuscule clavier de téléphone devrait inciter à l’indulgence. La rédaction d’un message par SMS ou dans WhatsApp n’a rien à voir avec une correspondance professionnelle, où l’erreur porte atteinte au sérieux et à l’image de l’employé et de son entreprise. Car les messages courts où se mêlent abréviations et acronymes sont censés privilégier la pensée spontanée et non la syntaxe.

Courageux, Farad Manjoo, journaliste au New York Times, a poussé cette notion à l’extrême en défendant l’indéfendable: les tweets insensés et truffés d’erreurs de Donald Trump: «Il y a de nombreuses raisons d’être critique vis-à-vis de la politique, du comportement et des déclarations» du président américain, «en particulier dans ses tweets. Mais nous devons écarter l’orthographe de l’équation.» Une prise de position qui a provoqué un tollé sur le réseau social:

Des exemples? «@POTUS devrait relire ses textes. Un point c’est tout. Paresseux. Indigne.» Ou: «J’ai perdu tout respect pour vous en tant que journaliste suite à cet article. Ecrire correctement est important et non élitiste.» Mais pour Farad Manjoo, les tweets de Trump sont importants car ils offrent un aperçu non filtré de ses opinions, et les fautes d’orthographe sont la preuve que c’est bien lui qui les a rédigés.

L’arbre qui cache la forêt

Pour Valerie Plame, ex-agente de la CIA, ce ne sont pas les erreurs dans les tweets du locataire de la Maison-Blanche qui importent mais la teneur de ses propos, qui mettent selon elle la nation en danger. D’ailleurs, la campagne de financement participatif qu’elle a lancée sur le site GoFundMe a pour objectif de récolter 1 milliard de dollars, soit la somme nécessaire pour acquérir assez d’actions Twitter afin d’exiger que le compte du président soit suspendu.

On lui souhaite de réussir, mais le chemin est encore long: en deux semaines, quelque 3000 personnes n’ont contribué qu’à hauteur de 86 000 dollars. Comme quoi, l’orthographe, c’est l’arbre qui cache l’inquiétante forêt: celle du contenu.


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