Editorial

L’ère du roaming cher touche à sa fin

Et si une compagnie aérienne accélérait la fin du roaming? Séduisante intellectuellement, l’hypothèse pourrait se vérifier dans les faits ces prochains mois. Depuis le 1er novembre, Swiss commercialise une carte SIM permettant de téléphoner à l’étranger jusqu’à trois fois moins cher que via Swisscom.

La compagnie effectue une sorte de bricolage très intéressant. Elle mandate une société tierce pour acquérir des numéros de téléphone britanniques, qui, eux, permettent de communiquer nettement moins cher en itinérance. Utiliser de telles astuces, certains consommateurs le faisaient déjà de manière individuelle avec des numéros étrangers. Certaines petites sociétés suisses s’y étaient aussi mises. Mais c’était encore du bricolage artisanal. Là, Swiss entre dans l’ère du bricolage industriel avec une offre facilement utilisable. Et cela aura des conséquences sur ce que pourront encore proposer Swisscom, Orange et Sunrise. Il leur sera de plus en plus ardu de défendre des tarifs de roaming élevés, d’autant que l’offre de Swiss pourrait donner à d’autres l’idée de se lancer dans l’itinérance low cost.

Pour les opérateurs, l’histoire va donc s’accélérer. Et, dans leurs modèles d’affaires, il est certain que tous ont prévu, à plus ou moins brève échéance, la fin de l’argent facile lié au roaming. Tous trois, souvent emmenés par Swisscom, baissent chaque année leurs tarifs. Il y a moins de deux mois, Orange lançait une première offre incluant les appels illimités depuis l’Europe pour 85 francs par mois – accès à Internet non compris. Il est certain que, ces prochains mois, d’autres offres forfaitaires de ce type, ou quasi illimitées, vont apparaître sur le marché suisse.

Swisscom, Orange et Sunrise seront ainsi, de facto, contraints de suivre le mouvement européen et cette fameuse date butoir du 15 décembre 2015. Ce jour-là, Bruxelles veut avoir supprimé le roaming.

Séduisante en apparence, cette idée risque de se heurter à un problème qu’avait soulevé feu Carsten Schloter. L’ancien directeur de Swisscom avait averti que, si le roaming devait disparaître, les consommateurs européens seraient libres de choisir l’opérateur le moins cher du continent. Un luxembourgeois, par exemple. Du coup, ses concurrents espagnols ou italiens, saignés à blanc, seraient dans l’incapacité d’investir sur leur réseau.

Ce scénario est encore lointain. Il sera très intéressant de voir comment évolueront les stratégies des opérateurs ces prochains mois.