Il y a aujourd'hui en Suisse vingt-six systèmes cantonaux de formation! Les familles qui déménagent doivent à chaque fois trouver des solutions pour intégrer leurs enfants, le plus rapidement et le mieux possible, dans le nouveau système scolaire. Que d'obstacles pour les jeunes familles... Et les enfants sont les premiers à en subir les conséquences.

Une acceptation de la révision partielle de la Constitution dans le domaine de la formation, le 21 mai prochain, permettrait de remédier à ce gâchis. Au vu d'une mobilité croissante au sein de notre société, une telle harmonisation répond à un réel besoin.

Ces nouveaux articles constitutionnels créent ce que l'on appelle l'«Espace suisse de formation». Sans enlever de prérogatives aux cantons en ce qui concerne la scolarité obligatoire, ils permettent de mettre sous un même toit la «maison formation».

La responsabilité de la formation en Suisse est partagée par les communes, les cantons et la Confédération. Qui légifère, qui exécute et qui paie?

Pour l'enseignement préscolaire et obligatoire, les cantons légifèrent, organisent et paient la facture. Pour la formation professionnelle et la formation du secondaire II, maturité et autres écoles post-obligatoires, mais aussi pour les universités et les hautes écoles spécialisées (HES), ce sont en grande partie les cantons qui exécutent et paient, alors que c'est essentiellement la Confédération qui légifère. Par contre, la Confédération gère seule les écoles polytechniques fédérales (EPF). Les cantons ont à leur charge 86% de la facture de formation, alors que la Confédération paie le reste.

Au vu de la répartition des charges, il est normal que les cantons restent maîtres de la formation obligatoire, avec un seul nouvel impératif: coopérer et collaborer afin d'éviter le gâchis décrit plus haut, parvenir à de meilleures synergies et offrir une formation de plus grande qualité encore.

Le premier objectif de la votation du 21 mai est donc d'harmoniser les systèmes scolaires suisses. La Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP) a pris les devants et mis en consultation le projet HarmoS, qui va tout à fait dans le même sens.

Ainsi, les éléments clés de l'école obligatoire sont harmonisés: l'âge de l'entrée à l'école, la durée et les objectifs des niveaux d'enseignement et le passage de l'un à l'autre, par exemple. Il y a encore d'autres objectifs dans le projet HarmoS, mais au niveau de la Constitution ce sont ceux-là qui doivent être prioritairement harmonisés.

Si l'on rappelle que c'est en 1997 que l'initiative parlementaire Zbinden a été déposée, on constate qu'il aura fallu du temps pour arriver à la solution proposée aujourd'hui. Mais le projet, en l'espace d'une année, a pu arriver à maturation rapidement avec l'aide des deux commissions parlementaires concernées par les problèmes de formation. Si la commission du Conseil national avait la tâche de rédiger les articles concernant la formation en général, celle du Conseil des Etats s'est préoccupée de créer un nouvel article spécifique pour les hautes écoles.

Cet article rassemble, pour la première fois dans la Constitution, les universités cantonales, les EPF et les HES. C'est le prochain grand chantier. Le nouvel article constitutionnel donne une base de travail solide pour la préparation et la mise en œuvre de la future loi-cadre sur les hautes écoles, dont les réflexions devraient prendre un rythme plus vif avec l'approbation des articles constitutionnels ce 21 mai.

Les HES, les universités et les EPF ont actuellement des bases légales différentes. L'objectif est de les réunir dans ce que l'on appelle le «Paysage des hautes écoles». Tout en tenant compte de la diversité des établissements et de leurs objectifs d'enseignement, ces hautes écoles seront traitées sur pied d'égalité. C'est important du point de vue de la reconnaissance mutuelle, pour permettre de meilleures synergies et éviter des doublons de formation, mais aussi afin que la Suisse continue d'offrir une formation tertiaire de haute qualité, notamment par rapport à la concurrence internationale qui est très vive. La compétitivité et la reconnaissance de nos diplômes sur le plan international sont à ce prix. Mais avoir de jeunes diplômés de haut niveau, c'est aussi donner plus de chances à notre pays dans son développement économique.

Deux nouveautés sont encore à signaler dans le projet soumis au vote du 21 mai. La formation professionnelle voit son statut valorisé et renforcé. La Confédération encourage sa diversité et la perméabilité de l'offre dans ce domaine. De plus, la Constitution précise que les formations professionnelle et générale doivent bénéficier d'une reconnaissance équivalente.

La formation continue trouve une base constitutionnelle. Cela lui donne une plus forte reconnaissance et la Confédération peut l'encourager. Pour toutes les institutions et personnes qui travaillent dans la formation continue, c'est un signe important, ce d'autant plus qu'aujourd'hui il est impératif, à tout âge, de continuer à se perfectionner.

Le texte soumis au vote est un réel enrichissement pour le paysage suisse de formation. Il donne à notre pays une véritable cohérence dans son système de formation.

L'ensemble des partis gouvernementaux, la CDIP, les autorités universitaires, de nombreuses associations et groupe d'intérêt saluent cette volonté d'harmoniser la formation dans notre pays. Quelques irréductibles nostalgiques du passé crient à la perte de compétence des cantons. Ce n'est pas correct et mensonger d'avancer de tels arguments. Les mêmes parfois ne craignent pas de se contredire. Un citoyen de Vaud et d'Obwald souhaiterait nationaliser l'éducation, prétendant que cette modification constitutionnelle ne va assez loin et pas assez vite.

La formation en Suisse a une longue histoire. Il est juste qu'elle respecte nos diversités régionales et cantonales. Aujourd'hui il est nécessaire, tout en conservant les richesses du fédéralisme, d'harmoniser en douceur notre système de formation. L'espace suisse de formation doit être diversifié et de haute qualité, égal pour toutes et tous, que l'on habite en ville ou à la campagne, dans les grands centres urbains ou dans les régions périphériques.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.