Revue de presse

L’Espagne est ingouvernable, ses politiques se montrent irresponsables

Les médias ne sont pas tendres avec cette gauche qui n’arrive pas à s’entendre sur un programme et un gouvernement de coalition. Ils craignent déjà un quatrième retour aux urnes en quatre ans

C’est l’impasse totale à Madrid, une fois de plus. L’Espagne est ingouvernable. Le chef de l’exécutif, le socialiste Pedro Sanchez, vainqueur des dernières élections mais à la tête d’une formation minoritaire dans un paysage politique atomisé, a échoué jeudi à obtenir la confiance de la Chambre des députés pour rester au pouvoir. C’est faute d’être parvenu à un accord de coalition avec la gauche radicale de Podemos, qui représentait le scénario le plus vraisemblable. Ce vote de défiance rapproche ainsi le pays de nouvelles élections anticipées, qui seraient les quatrièmes en quatre ans.


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Ce n’est pas inéluctable, pour El País, mais cela «nous oblige à recommencer, avec un nouveau processus d’investiture afin que, cette fois, les principales forces politiques mènent les négociations correctement et mettent fin à la paralysie politique dans laquelle le pays est installé depuis au moins 2015». Celles-ci ne peuvent «plus être considérées comme une bataille de propagande qui n’est pas destinée à parvenir à un accord sur l’action du gouvernement, mais conçue pour accuser la partie adverse de l’empêcher». Ce législatif doit maintenant absolument «remplir son premier devoir constitutionnel: investir un exécutif».

El Mundo, pour sa part, n’y croit pas: «Ce pays en stand-by, paralysé […] et incapable de gérer le résultat de ses élections part en vrille. […] La nation a fait l’éloge de sa transition démocratique historique exemplaire, de sa capacité de pardon, de dialogue et de consensus, mais elle est désormais engluée dans les querelles de nouvelles églises, sans projet, sans idées et sans horizon. […] Au-delà de la démonstration de l’absence de culture politique solide des dirigeants du moment, c’est une nouvelle période d’incertitude qui s’ouvre pour les citoyens. Une nouvelle période de campagne électorale vide et épuisante, un terrain aride sur lequel il sera inutile de semer.»

La leçon des Sioux et des mocassins

«Un proverbe sioux dit qu’avant de juger une personne, il faut marcher trois lunes dans ses mocassins. […] Mais Pedro Sanchez et Pablo Iglesias n’ont pas été en mesure de s’entendre sur un exécutif car la méfiance mutuelle les en a empêchés, selon La Vanguardia: ni l’un ni l’autre n’a fait un seul pas dans les mocassins de son adversaire […]. Trois mois se sont écoulés depuis les élections et l’investiture a échoué deux fois. […] En tout état de cause, la possibilité de former le premier gouvernement de coalition en Espagne en quarante ans a été gâchée. […] Retourner aux urnes comporte des risques. Personne ne peut dire comment l’électorat réagira à ce différend qu’il a pu suivre en direct à la télévision»…

Le problème n’est pas de savoir à qui est la faute, mais de comprendre que ce n’est pas de la nôtre, à nous, citoyens

Podemos souhaitait «obtenir des ministères d’importance au sein d’un nouveau gouvernement», explique Courrier international. Jeudi matin, le parti a fait une proposition de dernière minute consistant à demander un poste de vice-président et trois ministères, dont celui du Travail – proposition que les socialistes ont rejetée. Pablo Iglesias a fait une nouvelle offre dans son intervention avant le vote: renoncer au ministère du Travail «s’ils nous laissent les compétences pour les politiques actives de l’emploi».

«Sur le papier, les offres et contre-offres des deux partis ne semblaient pas séparées par un fossé insurmontable», écrit pourtant Le Figaro. Quand Podemos demandait une vice-présidence, le Ministère de la santé, celui de la science et des universités et celui du travail, seul ce dernier portefeuille posait problème. «On peine à imaginer les gens de Podemos négocier avec le patronat», indique un proche du gouvernement socialiste.

«Décoratif», le mot du jour

El País reproche aussi au président du gouvernement d’avoir attendu lundi dernier pour exposer le programme sur lequel il demandait la confiance. Raisonnable, il a ainsi appelé ses alliés potentiels, Ciudadanos et Podemos, «à mettre de côté les positions de principe qu’ils avaient adoptées jusqu’ici pour négocier les mesures politiques dont le pays a besoin». Car la gauche de la gauche «ne peut confondre une coalition avec la création d’un gouvernement à l’intérieur du gouvernement, avec deux programmes distincts, transformant le président en simple figure décorative», mais pour qui «le temps presse». Sanchez veut donc maintenant parler avec tous les partis:

«Décoratif», c’est le mot du jour, puisque El Periodico de Catalunya jugeait qu’il y avait «de la marge pour un pacte de gouvernement», mais que Podemos avait «le sentiment que les socialistes ne leur proposaient rien d’autre que des ministères décoratifs». Voilà pourquoi, à droite, La Razón estime que Sanchez a agi «avec prétention, s’obstinant à atteindre un objectif qui ne pouvait se réaliser selon ses désirs: recevoir le soutien des autres formations sans contrepartie.» En fin de compte, il est tombé dans son propre piège, en voulant éviter que Podemos n’entre au gouvernement pour finalement avoir besoin de ses voix. Titre de son éditorial: «L’Espagne ne mérite pas ce chaos».

Discours manichéens et méfiance mutuelle

Pour le quotidien catalophone El Punt Avui, c’est là «la victoire absolue de l’obstructionnisme, des calculs électoraux et des intérêts de parti qui l’emportent sur les intérêts des citoyens et de l’Etat. […] Ce nouvel échec trouve sa source dans les reproches, les fuites, les discours manichéens et une méfiance mutuelle, avec un souci accru de se justifier devant les citoyens plutôt que de tracer une voie pour un futur accord qui réponde aux citoyens et sauve la législature. […] Il n’y a plus de choix: ou il y a accord en septembre ou des élections auront lieu en novembre. Et la question demeure: les politiciens vont-ils travailler en pensant à un accord gouvernemental ou à leur prochaine campagne électorale?»

Septembre sera donc «une période difficile pour le monde politique espagnol, selon la RTBF. Socialistes et Podemos ont en effet besoin de l’assentiment de partis régionaux, dont les indépendantistes catalans, pour former une majorité. Or, à cette date, on sera tout près du verdict du procès des 12 leaders séparatistes catalans impliqués dans la tentative de sécession» de la province. «Leur condamnation risque de remobiliser les séparatistes.»


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