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La lugubre Abadia de la Santa Cruz del Valle de Los Caidos, lieu de toutes les polémiques en Espagne, à 50 km au nord-ouest de Madrid. 
© Patrimonionacional.es

Revue de presse

L’Espagne veut régler ses comptes avec les horreurs du franquisme

Les restes du Caudillo devraient bientôt quitter leur lugubre sanctuaire, promet le chef du gouvernement dans «El País». Ceci au moment où va avoir lieu à Madrid le premier procès concernant les enfants volés pendant la dictature

Un vieux sujet de polémique revient sur le tapis encombré de cadavres de l’histoire espagnole: le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez confirme qu’il veut le transfert «immédiat» de la dépouille du dictateur Francisco Franco, de son mausolée de l’Abadia benedictina de la Santa Cruz del Valle de los Caidos à 50 km au nord-ouest de Madrid, pour en faire un lieu de «réconciliation», a affirmé dimanche le nouveau chef du gouvernement Pedro Sanchez dans un entretien à El País, que le quotidien madrilène a mis en scène avec une série de photographies disponibles sur son site web. Média qui semble assez heureux de retrouver une ambiance politique plus proche de ses propres origines après les années Rajoy.

Courrier international explique que le gouvernement avait déjà indiqué il y a une semaine «qu’il prévoyait de déplacer les restes» du Caudillo de la Valle de los Caidos («la vallée des Morts au combat»), ce lugubre «complexe monumental construit à la demande de Francisco Franco au nom d’une prétendue réconciliation nationale, pour commémorer les combattants de la guerre civile en Espagne (1936-1939) qu’il a remportée».

«Les registres indiquent qu’il y a transféré les restes de plus de 33 000 victimes – nationalistes et républicains – sans même avoir obtenu le consentement de leurs familles.» A noter que «par ordre du roi Juan Carlos», Franco avait «lui-même été enterré dans la basilique du mausolée après sa mort, en 1975».

Lire aussi: Les députés espagnols réclament que Franco quitte son mausolée (12.05.2017)

Plus de quarante ans après sa disparition, Franco devrait donc «déménager» et être «rendu» à sa famille, lit-on sur le site Atlantico.fr. Car Pedro Sanchez le dit clairement: «Nous voulons que le transfert [de ses restes] soit immédiat. Je crois qu’une démocratie mature comme la nôtre, européenne, ne peut avoir de symboles qui divisent les Espagnols.»

Il ajoute que son «gouvernement se conformera au mandat de la Chambre des députés de 2017, […] en référence à la résolution présentée par les socialistes l’an dernier, alors qu’ils étaient dans l’opposition, et qui avait été adoptée par une large majorité de députés» qui s'étaient tout de même déchirés sur la question, rappelait @Gillesenge. Ce, dix ans après qu'«une loi sur la mémoire historique du gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero avait prévu de dépolitiser le monument afin de le consacrer uniquement à sa vocation religieuse».

Lire aussi: Quelques autres articles du «Temps» sur l’histoire d’Espagne et du franquisme

Le débat n’est donc de loin pas nouveau, qui pose la question de ce site très controversé. Lequel, aujourd’hui encore, demeure un haut lieu des nostalgiques du franquisme et un «monument à la victoire du catholicisme national». Thèmes qui ne manquent pas de faire resurgir la vieille garde politique, comme l’ex-président Aznar, inquiet. Celui-ci prévient dans El Mundo: «On ne pourra pas s’arrêter là, ensuite, c’est la transition démocratique, la monarchie et la Constitution qui seront attaquées.»

C’est le dilemme que soulève un article relatant l’opinion de trois historiens publiée par El País, «Musée ou ruine». Selon certains, il s’agit d'«une anomalie dans l’Union européenne»: «Il n’y a pas de monuments à Hitler en Allemagne ou en Autriche, ni à Mussolini en Italie. C’est un tribut au régime franquiste, pas un symbole de réconciliation.» D’ailleurs, le jour même de l’inauguration du site, le Caudillo lui-même avait dit: «Nos morts n’ont pas sacrifié leurs précieuses vies pour que nous nous reposions. Les ennemis de l’Espagne ont été vaincus, mais ils ne sont pas morts. Régulièrement, nous les voyons relever la tête.»

Pire: tous les partis politiques et institutions espagnols sont aujourd’hui accusés de faire du clientélisme auprès des héritiers du franquisme. Donc, pour d’autres, toute la question est de savoir si l’on peut donner «une nouvelle signification» à la Valle, tout en étant conscient qu’aujourd’hui, «elle ne peut plus avoir la même». Ils prêchent donc la «ruine», en disant: «Laissez le mausolée s’effondrer» – il est en très mauvais état –, «laissez le temps le dévorer, après qu’on en aura exhumé le cadavre de Franco […]. Et les bénédictins pourraient aller dans un autre monastère.»

Et aussi: les enfants volés

Mais les fantômes de l’histoire n’ont pas élu domicile dans un mausolée qui donne froid dans le dos lorsqu’on s’y aventure. Ce mardi aura lieu le début du procès d’un médecin aujourd’hui octogénaire qui sera le premier en Espagne à s’asseoir sur le banc des accusés pour une affaire de «bébés volés», trafic qui a touché des milliers de familles sous la dictature de Franco. «Jusqu’aux premières années de la démocratie, des milliers d’enfants de républicains auraient été arrachés à leurs parents (avec la complicité de l’Eglise), pour être donnés ou vendus à des familles» du «bon» bord politique, rappelle Sud-Ouest.

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