«Un but, un horizon, enfin», respire un peu mieux le chef des sports de la Tribune de Genève et de 24 heures. Avec «des protocoles sanitaires [qui] ne seront pas faciles à élaborer, probablement à appliquer, quand des buts décisifs feront tomber les masques et valdinguer les bonnes manières. Sans compter que la négociation canton par canton pour l’attribution définitive du nombre de spectateurs fera naître des inégalités. Rien ne changera vraiment: certains clubs chercheront des excuses, d’autres trouveront des solutions.» Et ce qui est valable pour le sport l’est aussi pour la culture.

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Mais au moins, les clubs «survivent», lance la Neue Zürcher Zeitung, selon laquelle «la crise du coronavirus a surtout montré que les salaires des joueurs devaient baisser». Et paf! le problème est ailleurs, messieurs-dames. Et «le puck dans le camp des cantons», dit le Journal du Jura, pour lequel le hockey, on le sait, ça compte!

Reste qu’on a désormais un noble dessein, «construire ensemble le monde d’aujourd’hui et de demain, un monde où il s’agit de prendre ses distances, poursuivent les quotidiens lémaniques. Il y a certainement des idées à explorer dans les concepts d’hospitalité, des alternatives à oser dans la digitalisation, l’interactivité du spectacle […]. Pour la première fois depuis mars, après cinq mois sans savoir» où l’on va vraiment «ni comment avancer», la Suisse «a enfin un plan. Sinon une vision à long terme, du moins un remède au Covid.»

On est dans le «presque normal»

«Et pour cause», renchérit La Liberté: «Le Conseil fédéral a décidé de lever l’interdiction pour les événements réunissant plus de 1000 personnes à partir du 1er octobre. Les compétitions sportives, les spectacles culturels, les foires et salons, tout comme les offices religieux peuvent reprendre une activité presque normale. Presque? Les organisateurs devront remplir des conditions «strictes», et d’incontournables mesures sanitaires encadreront les rassemblements. Car le coronavirus reste très présent, comme en témoignent les 274 nouvelles infections recensées en un jour, le plus haut chiffre depuis longtemps.»

Le quotidien fribourgeois juge que la Suisse se trouve tout de même un peu «sur la corde raide»: «Le Conseil fédéral prend le contre-pied de son comité consultatif scientifique (la «task force») et de la majorité des cantons», qui auraient «souhaité prolonger l’interdiction des grandes manifestations jusqu’à la fin de l’année, vu l’instabilité de la situation». Berne prend-il donc «un risque inconsidéré»? «La politique fait de la politique, elle doit organiser le pays. Nous écoutons de nombreux experts et cherchons ensuite un équilibre et une voie»…

… Il faut apprendre à vivre avec le virus, rester prudent et être prêt à corriger les décisions

Alain Berset, conseiller fédéral chargé de l’Intérieur

Du côté du grand public – c’était à prévoir – on peut percevoir la communication fédérale de mercredi comme empreinte de mollesse et pousser son cri de révolte. Comme ce lecteur d’ArcInfo qui ironise: «Ah, les grandes décisions! Rien ne change. Les masques sont déjà obligatoires dans les avions et toujours 1000 personnes pour les matchs de foot ou hockey! 5000 en France et 10 000 en Autriche… On veut la mort du sport? On est plus de 8 000 000 et on a entre 100 et 200 nouveaux cas journaliers. Faites le calcul du pourcentage, ridicule, même si je veux comme tout le monde que cette pandémie cesse»…

… Combien de grippes et de morts d’accidents de la route? Et puis les nouveaux cas, ils guérissent, non?

«Avec cette décision» de faire sauter la barre des 1000, «le gouvernement fédéral prend un risque considérable», juge au contraire le Tages-Anzeiger. Car «il n’en faut pas beaucoup pour que le nombre de cas explose»: «Quelques super-propagateurs lors d’un concert ou d’un match de hockey sur glace suffisent. […] D’un point de vue épidémiologique, ce n’est donc pas le moment des événements majeurs. Et pourtant, le Conseil fédéral ne pouvait guère en décider autrement.»

La menace d’une mutation majeure

Dilemme, donc. «Avec tout ce que nous savons sur le virus, il est peu probable que la situation s’améliore de manière significative d’ici au mois d’octobre. Alors, fallait-il prolonger encore l’interdiction des événements? Peut-être durant une année?» frémit le quotidien zurichois. Le problème étant que «des secteurs entiers de notre société pourraient alors disparaître, ce qui transformerait nos vies: le sport professionnel, les festivals de musique ou le tourisme festif.» Une fois de plus, il faut donc «faire la balance entre protection de la santé, intérêts économiques et vie sociale».

Sur cette «corde raide» – la revoilà – «nous ne pouvons nous en sortir que si nous respectons tous les règles d’hygiène dans les stades et les salles de concert – et si elles sont rigoureusement appliquées par les autorités. Les cantons en sont responsables: ils ne doivent autoriser les grands événements que sous de strictes conditions, en mobilisant suffisamment de personnel pour les contrôles et en fermant sans pitié les stades de football ou les lieux culturels dès qu’un organisateur bâclera le travail»…

… Enfin, si le nombre de cas explose de nouveau malgré toutes ces mesures de précaution, le Conseil fédéral devra avoir le courage de faire marche arrière

La droite voulait la fin des «1000», mais «Berset a ralenti le turbo», selon le Blick. «Il a dû faire preuve de beaucoup de persuasion», mais «en fin de compte, même le fan d’Ambri-Piotta Ueli Maurer a dû céder au compromis. Le principal argument qui a fait son chemin: les cantons ont simplement besoin de plus de temps pour se préparer à la transition et pour mieux retracer les cas. Car la fin des vacances et le retour au travail et à l’école représentent également un défi pour eux. […] Pour le moment, la situation est toujours sous contrôle», ce n’était pas encore le moment d'«une décision précipitée qui aurait de nouveau augmenté le danger».

«Avanti piano. Con disciplina e, soprattutto, demandando ai […] cantoni la soluzione del rebus.» Faut-il vraiment traduire cette entame de l’éditorial du Corriere del Ticino? «Avanti piano», c’est bien la saison 2 du fameux «aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire». Et ce qu’il y a de «piquant» dans tout cela aux yeux de L’Agefi, c’est que «dans quelques semaines le parlement va se saisir d’une loi particulière. Elle permettra au Conseil fédéral de garder des pouvoirs spéciaux pour gérer les conséquences de la pandémie pendant encore plus de deux ans. Or c’est précisément parce que le coronavirus est là pour durer qu’il importe de pouvoir demander des comptes au gouvernement»…

… Que les institutions, qui font la force des conditions-cadres de la Suisse, puissent fonctionner le plus normalement possible


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