La Suisse vient d’essuyer de vives critiques de l’ONU dans sa mise en œuvre de la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Manifestement, la maltraitance n’est pas l’apanage de pays sous-développés. Et, dans les foyers, les dérapages individuels d’employés ne suffisent pas à expliquer le «niveau élevé de violence», ni à masquer leurs racines politiques.

A Genève, le scandale du foyer de Mancy, chez les mineurs, a illustré l’incapacité du Département de l’instruction publique à entendre les alertes exprimées par des parents durant plusieurs années, et à réagir à celles-ci. Emanant aussi de parents, corroborés par les associations, les dysfonctionnements constatés dans les foyers pour adultes polyhandicapés de Clair Bois montrent que le problème est profond.

Lire notre enquête: A Clair Bois, les polyhandicapés face à des «dysfonctionnements sévères»

La direction de la fondation dit assumer ses erreurs et devra rétablir la confiance de parents inquiets. Mais elle ne peut pas pallier le manque de personnel qualifié. Elle n’a pas non plus à décider du renforcement des contrôles, aujourd’hui lacunaires. Et enfin elle n’a pas à proposer une vision cohérente de ce que doit être la politique du handicap afin, entre autres, d’anticiper les places en foyer à créer plutôt que de devoir le faire dans l’urgence. Comme ce fut le cas à Mancy.

Ces tâches échoient aux pouvoirs publics. La conseillère d’Etat, Anne Emery-Torracinta, ne s’y est pas attelée avant d’y être contrainte par la médiatisation des maltraitances. Chargé des adultes, son collègue Thierry Apothéloz consulte beaucoup, fidèle à sa méthode. Il tarde ainsi à répondre à une motion qui demandait, il y a deux ans, un renforcement des contrôles dans les établissements. Le précédent de Mancy l’incitera sans doute à accélérer le rythme.

L’Etat subventionne significativement la prise en charge des personnes handicapées – 200 millions de francs par an dans les 15 institutions du canton accueillant des majeurs. Le minimum que l’on puisse attendre des autorités est qu’elles surveillent la qualité des soins et de l’accompagnement offerts à des personnes dont la vulnérabilité est complète. En se souvenant qu’un contrôle ne sert pas qu’à punir, mais aussi à améliorer.

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