Après une tragédie comme celle qui a coûté la vie à cinquante personnes dans un club gay d’Orlando, l’unité nationale est souvent de rigueur. Hillary Clinton, qui va obtenir l’investiture démocrate à la convention de Philadelphie en juillet, s’est inscrite dans cette tradition. Lundi à Cleveland, elle a cherché à mettre en évidence les atouts de la diversité de la société américaine: «La majorité de musulmans aiment la liberté et détestent le terrorisme.» Elle a apporté son soutien à la communauté gay fortement affectée par le massacre de dimanche. Elle a même tapé du poing sur la table, exhortant les Saoudiens à cesser de financer le terrorisme et les écoles prônant l’intolérance à travers le wahhabisme.

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La trêve n’aura toutefois pas duré longtemps. Moins de vingt-quatre heures après le pire acte terroriste perpétré sur sol américain depuis les attentats du 11 septembre 2001, Donald Trump, qui sera sans doute investi par son parti à Cleveland, a continué sa rhétorique incendiaire, réitérant son appel à interdire d’entrée tout musulman aux Etats-Unis.

Le duel Trump-Clinton, s’il se confirme, sera explosif tant le climat de la présente campagne électorale est délétère. Il n’y a quasiment plus de meetings électoraux de Donald Trump sans que des violences éclatent entre partisans et opposants du tribun populiste.

L’affaire de la messagerie privée qu’Hillary Clinton a utilisée comme patronne de la diplomatie contrairement aux règles du Département d’État fait l’objet d’une enquête du FBI. Elle va la hanter jusqu’au 8 novembre. Sur le papier pourtant, la démocrate a un net avantage sur son rival républicain. Ex-First Lady, ex-sénatrice et ancienne secrétaire d’État, elle connaît les rouages de l’administration comme personne. La carte électorale de la présidentielle américaine lui est aussi favorable au même titre que la démographie. Les minorités, surtout les Hispaniques qui ne cessent de croître, sont pour l’heure acquises à sa cause.

En face, Donald Trump compte sur la colère contre l’establishment pour battre en novembre celle qui l’incarne le mieux. Avec son discours islamophobe, il compte aussi sur un allié inattendu: le groupe de l’État islamique. Si des loups solitaires comme Omar Seddique Mateen devaient multiplier les actes terroristes aux Etats-Unis d’ici à l’élection, le discours radical du New-Yorkais pourrait faire mouche dans un pays qui a, depuis le 11 septembre 2001, fait du combat contre l’insécurité son principal cheval de bataille. Les attentats de Madrid en 2004 avaient favorisé l’élection du socialiste espagnol Zapatero, l’adversaire d’un proche allié du va-t-en-guerre George W. Bush. En 2016, si l’Amérique élit Donald Trump, elle donnera chair à la thèse du choc des civilisations. Les dirigeants de Daech ne demandent pas mieux.

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