En s’adressant cette semaine au Congrès, Joe Biden a symboliquement clos une ère ouverte il y a exactement quarante ans: celle du néolibéralisme. En janvier 1981, Ronald Reagan déclarait que l’Etat était le problème et non la solution. Il fallait diminuer les impôts, couper les dépenses gouvernementales, jouer la concurrence, libérer le marché, faire «ruisseler la richesse» de Wall Street. Seule la défense échappait à cette logique dans un monde encore plongé dans la guerre froide. L’économie de l’«offre» mettait un terme à un keynésianisme moribond. C’est ce même raisonnement qui allait présider à l’avènement de la globalisation économique après la chute du bloc communiste.

Joe Biden, mercredi, a enterré cette idéologie. Pour sortir les Etats-Unis de l’ornière, il prévoit des dépenses de 6000 milliards de dollars. Vous avez bien lu: 6000 milliards. Son plan de relance (American Rescue Act, 1900 milliards) a été validé fin mars par le Congrès. Il compte faire voter ces prochains mois une loi sur l’emploi et les infrastructures (2300 milliards) et une loi de soutien aux familles (1800 milliards). Sa logique: l’Etat doit investir massivement pour créer les emplois de demain. Les infrastructures, la formation et la recherche seront privilégiées. Comment financera-t-il ce plan? Par une réforme fiscale: moins d’impôts pour la classe moyenne, plus d’impôts pour les entreprises et beaucoup plus d’impôts pour le 1% des individus les plus riches du pays.