Revue de presse

L’été 68: Berne en ébullition après les événements de Prague

Au lendemain de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie, les citoyens de la capitale suisse, emmenés par leur maire, protestent vertement

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

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Le 21 août 1968, les troupes soviétiques et leurs alliés mettent donc brutalement fin au Printemps de Prague. Et, selon le site Swissinfo, «la population suisse se solidarise immédiatement avec celle de Tchécoslovaquie. Le pays accueille des milliers de réfugiés, avec un minimum de formalités.» La réaction officielle du Conseil fédéral est relativement modérée, qui exprime son désaccord avec Moscou et souligne la «sympathie» du peuple suisse pour le désir des Tchécoslovaques d’obtenir «plus de liberté» mais s’oppose à toutes les demandes de geler les relations avec les pays du bloc soviétique.


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Des manifestations de solidarité avec la Tchécoslovaquie et de protestation contre l’URSS se tiennent aussi dans plusieurs villes helvétiques. Des actes de vandalisme touchent notamment le siège zurichois de l’Aeroflot et de la Banque commerciale soviétique. A Berne, des employés de l’ambassade font également l’objet d’agressions verbales, et ce sont ces derniers événements qui retiennent l’attention de la Gazette de Lausanne du 23 août 1968. Quelque 10 000 manifestants, selon elle, se sont dirigés vers le bâtiment de la mission russe. «Ils portaient des flambeaux et criaient»: «Vive Dubcek et Svoboda; Russes, rentrez chez vous» – montrant par là leur soutien au chef du gouvernement et au président de la République qui s’efforçaient, depuis plusieurs mois, de construire un socialisme à visage plus humain.

Le mouvement dégénère rapidement. «Des bagarres commencèrent entre manifestants et forces de l’ordre. […] La police a, en fin de compte, employé les gaz lacrymogènes contre la foule. […] Les manifestants ont lancé deux cocktails Molotov en direction de la police. Quelques agents ont été blessés. […] Plusieurs personnes ont été piétinées.»

Mais là n’est peut-être pas le plus intéressant. Car pendant ce temps-là, sur la place Fédérale, environ 15 000 personnes se massent «pour manifester leur sympathie». Le principal orateur, le maire de Berne, le socialiste Reynold Tschäppät (photo), prononce alors un discours courageux, «sans équivoque, souvent interrompu de slogans ou d’applaudissements», dit la Gazette: «La neutralité ne nous interdit pas de dire ce que nous pensons!» clame-t-il. Il se demande aussi si cela fait encore sens de «se rendre aux prochains Jeux olympiques de Mexico» et de «commencer une guerre froide avec l’Union soviétique, puisqu’elle l’a elle-même commencée».

Au bilan: 400 morts

Les Tchèques et les Slovaques ont marqué ce mardi le 50e anniversaire de l’écrasement du Printemps de Prague. Rien qu’au cours de la première journée, le 21 août 1968, une cinquantaine d’entre eux avaient été tués. Le bilan total de la présence de l’armée soviétique en Tchécoslovaquie a dépassé 400 morts.

Mais cet été-là à Berne, l’émotion était déjà énorme. «Ce fut un long silence, alors que toutes les cloches de la ville se mettaient à carillonner. Dans cette atmosphère de recueillement, un groupe de jeunes Tchécoslovaques entonna son hymne national. La foule se dispersa en une marche silencieuse qui la conduisit jusqu’à la cathédrale.»

Kde domov muj? (en français: «Où est ma patrie?») est l’hymne national de la République tchèque depuis la scission de la Tchécoslovaquie en 1993. A l’époque de l’union, ce chant formait la première partie de l’hymne national adopté en 1918, l’hymne slovaque Nad Tatrou sa blyska (en français: «Au-dessus des monts Tatras brille l’éclair») formant la seconde. Cet hymne provient de la comédie Fidlovacka aneb zadny hnev a zadná rvacka, écrite par le compositeur Frantisek Skroup et le dramaturge Josef Kajetan Tyl, jouée pour la première fois au théâtre des Etats de Prague le 21 décembre 1831.


Mais encore…

Le centre de recherche Documents diplomatiques suisses (Dodis), pôle de compétence indépendant en matière d’histoire de la politique extérieure et des relations internationales de la Suisse depuis la fondation de l’Etat fédéral en 1848, met à disposition un large éventail de sources clés. Il vient de publier un dossier électronique sur les 50 ans de la répression du Printemps de Prague, vue de la Suisse.

Dossier
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