Revue de presse

L’été 68: la Bourdonnette, ce «village» voisin de Lausanne

Au mois de juillet, le Conseil communal donne son feu vert à la construction du quartier qui deviendra un laboratoire sociologique

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

Episodes précédents:

En 1994, une équipe du magazine de la TSR Temps présent s’était rendue dans le quartier populaire de la Bourdonnette, à Lausanne, «pour confronter la mauvaise réputation de cette banlieue à l’avis» des habitants du «village planétaire chaleureux et chamarré», de facto une cité satellite située au sud-ouest de la ville. Elle est née dans la douleur, à relire la Gazette de Lausanne du 9 juillet 1968. La veille, le Conseil communal avait donné son «feu vert» à la construction de près de 500 appartements «à loyers modérés»; c’était la quatrième fois qu’il se prononçait sur la question, depuis la fin de 1963 déjà, «dans le cadre d’une action de lutte contre la pénurie de logements» due à la croissance démographique exponentielle issue du baby-boom de l’après-guerre.

Comme tout le monde ne partageait pas les fruits de la croissance, économique cette fois, on se demandait alors, chez les politiciens de l’extrême gauche – le député Fernand Petit du POP en tête –, qui allait «occuper les appartements prévus» et si ces terrains n’étaient «pas trop mauvais pour qu’on puisse espérer construire les futurs immeubles à bon compte». Sous-entendu: on allait opter pour de la «camelote», critique récurrente adressée aux pontes des milieux immobiliers, alors souvent considérés comme des pestiférés de ce grand capital qui avait subi les assauts des manifestants de rue un ou deux mois plus tôt:

Finalement construite dans les années 1970 sur un site ceinturé par des routes à grand trafic, la Bourdonnette a toujours favorisé les familles et les échanges. Aujourd’hui encore, au cœur de ce quartier riche en provenances et langues du monde entier, son centre socioculturel incarne un espace propice aux rencontres. A l’époque, il fut répondu aux craintes de la gauche de la gauche qu’il y avait «espoir», par exemple, «de voir une garderie construite le plus rapidement possible». A destination des futurs habitants de ces 493 appartements relativement bon marché: «36 à deux pièces, 259 à trois et 198 à quatre pièces».

Cinq ans plus tard, la Gazette publiera d’ailleurs un supplément de cinq pages consacré à l’achèvement de ce «village de la périphérie lausannoise» sorti de terre en blocs préfabriqués sur l’ancien parking de l’Expo 64, qui avait animé «la chronique et les conversations de salon» pour son côté quasi «inhumain» et la volonté qu’il incarnait: l’exil des «petits» loin de la bourgeoisie locale. Récurrent, ce terme de «village» qualifie assez bien le type de population qui pouvait y avoir accès, les ouvriers essentiellement, dont des «étrangers à la condition qu’ils soient détenteurs du permis C ou qu’ils aient épousé une Suissesse».

«Une bonne opération»

La Bourdonnette était alors «le plus grand quartier de Suisse», disait-on. «De quoi passionner les urbanistes […] qui œuvraient au remaniement de l’ancienne campagne de Dorigny, notamment en y bâtissant au sud la cité universitaire», dès 1968 aussi. «On trouvait cela un petit peu loin de la ville», se souvenait l’ancien urbaniste cantonal vaudois Claude Wasserfallen dans le quotidien 24 heures en 2013, à l’occasion des 40 ans de la cité. A l’époque, «on encourageait déjà la densification», disait-il. «Et, aujourd’hui, force est de constater que c’est un quartier qui vit bien et que c’était une bonne opération.»

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